‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 92 sur 254 · II, 4, f · texte numérisé non relu

II, 4, f

3« Cf. Grétu : II, 29, y. 6^7; 50, y. 17-18.

de suite à la partie du drame que Voltaire a dû écrire avec prédilection , aux harangues qui terminent la pièce après la mort de César. Quelle occasion pour l'auteur de donner carrière à son talent en satisfaisant son désir de faire passer dans notre langue les beautés du poète anglais! Shakespeare en cet endroit a atteint les sommets de Fart. C'est ici sans doute que Voltaire va s'inspirer de lui? Point. La simplicité de Grévin convient trop à sa grêle et froide élégance. Voltaire prendra à Shakespeare d'importants détails : le cadavre de César apporté sur la scène, l'énumération dramatique des blessures, la lecture du testament, quelques interjections de la foule. Mais pour le mouvement et le ton oratoire, il n'a garde d'oublier son modèle secret. Cette fois, il faut citer : Discours de Cassius (et non pas de Brutus, parce que Voltaire, qui a fait de Brutus le fils de César, a craint de montrer au public un parricide) :

C'en est fait, il n'est plus...

Vive la liberté I ma Main brise vos fers...

Vous rentrez dant vos droiU. indignement perdui,

Grévin :

Le Tyran est tué, la liberté remise.

... Voyla, voyla la main.

Dont ore est affranchi tout le peuple Romain.

... Allez donc, citoyens, Reprendre maintenant tous vos droicts anciens ^

L'éloquence d'Antoine ne sait pas mieux se défendre des réminiscences :

Comblés de ses bienfaits, ils sont teints de son sang... Du plus grand des Romains, voilà ce qui nous reste ; Voilà ce dieu vengeur idolâtré par vous, Que ses assassins même adoraient à genoux ; Qui, toujours votre appui dans la paix, dans la guerre, Une heure auparavant faisait trembler la terre... Amis, en cet état connaissez-vous César?...

Marchez^ suivez^moi tous contre ses assassins.

HV»"

Grévin :

César, magnanime Empereiir, Vray guerrier entre tous. César qui d*un grand cueur S'acquit avecque vous Tentiere jouissance Du monde, maintenant a perdu sa puissance.

Et gist mort estendu, massacré pauvrement Par rhomicide Brute.

Suidonques suyvez mot^..

On pourrait faire, et récrivain allemand que je cite plus haut a fait d'autres rapprochements. Je les omets comme présentant des similitudes moins décisives. En voilà assez pour établir notre conviction. Je n'ai relevé que les ressemblances. Certes, la tragédie de Voltaire contient assez d'éléments originaux pour qu'il ne soit pas permis d'y voir simplement une traduction du César de Grévin en vers modernes, comme celle que souhaitait Laharpe. Il n'en reste pas moins constant que Grévin a apporté à Voltaire le secours d'une collaboration demeurée inconnue.

Un avertissement en prose Au Lecteur précède les deux comédies de Grévin, dont chacune est elle-même précédée d'un Avantjeu en vers. Par l'avertissement, l'auteur expose une sorte de justification personnelle. Il a voulu éviter le parler bas et vulgaire, mais il a voulu aussi se garder du jargon affecté de « ces Courtizans qui pensent avoir faicl un beau coup quand ils ont arraché la peau de quelque mot latin pour déguiser le françois ». Il faut être simple, pour être vrai. « Le comique se propose de représenter la vérité et naïveté de sa langue » et doit pour cela faire parler chaque personnage selon sa condition sociale : un cuisinier ne parle pas des choses célestes, ni une chambrière des

amours de Jupiter et de Léda. Grévin a compris que pour un théâtre nouveau, il fallait une langue nouvelle, et il s'emploiera à façonner celle-ci pour le plus grand bien de celui-là. Du reste, le souci de la vérité dans l'art ne va pas sans quelque difficulté, surtout pour celui qui le premier a osé s'engager sans guide dans cette voie inexplorée : « Ami Lecteur... si tu trouves quelque chose qui ne soit à ton goust, souvienne-toy que ce n'est chose estrange, si ceux qui vont les premiers en un désert et pays incogneu se fourvoyent souventes fois de leur chemin ». Rappelons-nous dès maintenant que la prétention de Grévin à créer une forme nouvelle de littérature dramatique est aussi nette pour la comédie que pour la tragédie.

De là ces deux Âvant-jeUj qui répètent la même idée sous cette autre forme : la satire de la comédie contemporaine. Le premier* commence par un cri de révolte :

NoQ, ce n*est pas de nous qu'il fault, Pour accomplir cest eschaffault, Attendre les farces prisées , Qu*on a toujours moralisees'.

Recueille qui voudra la succession du moyen âge : le drame religieux a fait son temps. Grévin n'admet pas qu'on puisse a jouer les Saints, la Vierge et Dieu par piété » ;

Aussi jamais les lettres Sainctes

Ne furent données de Dieu

Pour en faire après quelque jeu^.

En même temps que les mystères, il proscrit les moralités. Assez de ces abstractions qui ravissent le public illettré :

Celuy donc qui vouldra complaire Tant seulement au populaire, Celuy choisira les erreurs Des plus ignorans basteleurs :

i. 80 vers.

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