Acte III, 8C
et, comme contre-partie, les vers, pleins d'une grâce résignée, par lesquels la trésorière cherche dans l'égoïsme des hommes une excuse à Tinconstance de ses semhlahles*. Impossible de transcrire de tels passages. Je le regrette : comme style, ce sont les mieux venus. On se trouve gêné aujourd'hui pour faire décemment l'analyse de pièces qui furent jouées devant des enfants et par des enfants. Il était temps que l'édit de Blois (1579) vînt mettre un terme à un abus toujours grandissant.
La Trésorière est une comédie satirique, au sens habituel du mot et aussi au sens restreint, c'est-à-dire une œuvre de satire personnelle, quelque chose comme une tentative aristophanesque. Les personnages existaient : leur aventure avait fait du bruit et les spectateurs la connaissaient. Écoutez V Avant-jeu :
Vray est que le Protenotaire, Principal de tout' ceste affaire, Est de nostre Université'*.
Si l'on devait s'en rapportera Grévin, il aurait d'abord écrit, et même il aurait fait jouer une pièce intitulée La Mauberthiej « première comédie que je mis en jeu, dit-il, et que j'avoye bien délibéré donner, si elle ne m'eust esté desrobée ». Quoi qu'il en soit de cette prétendue représentation dont aucune trace ne subsiste, personne n'a jamais cru que cette Maiibe^^thie et la Trésorière fussent deux comédies différentes^ Grévin s'est contenté de changer par prudence le titre d'une pièce qui, jouée dans l'intimité ou colportée sous le manteau, avait effarouché certains intéressés et pouvait lui attirer des désagréments. Mais c'est bien la même qui fut jouée en 1558, et l'on dirait, à lire V Avant-jeu, que l'auteur n'a pas voulu que nous nous y trompions :
Or sçachez qu'en tout ce discours Nous représentons les amours
3. Les frères Parfaict, Histoire du Théâtre français depuis son origine^ i, ÏII, p. 510, note. . . .
Et la finesse coustumiere D'une gentille Tresoriere, Dont le mestier est descouvert Non loing de la place MaubertK
J*ai vraiment de la peine à comprendre comment M. E. Chasles a pu trouver entre cette comédie et Y Eugène de Jodelle de telles similitudes qu'à ses yeux la pièce de Grévin n*est qu'une imitation évidente de l'autre ^ Notez que M. Chasles, dans son étude sur La Comédie en France au xvi^ siècle, n'analyse même pas la Trésorière : il se contente de renvoyer au compte rendu qu'il a fait à'Eugènel « Même donnée, dit-il, même situation principale, même rencontre fâcheuse de trois personnes, toutes les trois dupes d'une seule femme. )y Yoilà une œuvre dramatique bien vile approfondie et appréciée! A supposer qu'il y eût ressemblance, Grévin échapperait encore au soupçon de plagiat. Il aurait emprunté son sujet, non à Jodelle, mais à la chronique scandaleuse du temps, comme Jodelle lui-même. L'esclandre (jui sert de thème à la Trésorière avait assez amusé les contemporains pour qu'ils s'y divertissent derechef. Sans compter que « trois hommes dupes d'une seule femme », cela a pu se voir plusieurs fois. En réalité, la pièce de Jodelle et celle de Grévin n'ont de commun que de mettre sur la scène une femme adultère, et ni les caractères, ni l'intrigue, ni le détail ne peuvent supporter une comparaison réfléchie. Voici l'argument d'Eugène en deux mots : Eugène est un abbé (j'ai dit ce qu'il faut penser de la profession du protonotaire). Cet abbé a marié sa maîtresse Alix à un lourdaud (jui ne le gênera pas dans ses plaisirs, « des plaisirs sans scandale et de l'amour sans peur ». Mais Alix reçoit les hommages du capitaine Florimond, qui revient de la guerre ignorant son mariage, et dont jadis elle avait déjà reçu