II, hi), V
2. K.CuAsi.Es, La Comédie en France nu wV siècle, p. 57. Cf. Pktit dk Jui.lkville, Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, Paris, en cours, t. Ill (1897), p. 300.
les cadeaux. Bientôt Florimond découvre la duplicité d'Alix, et qu'elle possède mari et amant. Furieux, il accourt chez elle, et enlève bourgeoisement les meubles qu'il lui avait donnés. Une réconciliation •2:énérale termine la pièce : Florimond épouse une sœur d'Alix, épiise de lui, et qui a joué un rôle important dans rintrigue; l'abbé retrouve ses amours, et le mari s'engage de façon formelle à souffrir docilement son déshonneur. De benêt, il devient philosophe. La Trésorière \)ourv3iil s'appeler la coquette démasquée : Eugène^ c'est simplement le mari complaisant. Grévin ne doit pas à Jodelle celte situation vraiment bouffonne, l'imbroglio qui met brusquement en présence le mari, la femme et les deux amants. Que lui a-t-il pris du reste? Où donc est cette « analogie soutenue » dont M. Chasles s'étonne que les lecteurs n'aient pas ressenti l'impression? M. Chasles fait à l'auteur de la Trésorière une concession : « C'est que Grévin brouille hardiment ce qu'il emprunte. Il ajoute des incidents à l'action, des traits caustiques à chaque scène. » Autant dire qu'il y ajoute du talent. C'est exact. Une grande distance sépare les deux essais tant au point de vue de la poésie qu'à celui de l'invention comique. Jodelle ne donnait qu'une pièce honorable, mais assez plate et parfois ennuyeuse; Grévin a écrit d'une plume alerte une comédie pimpante et gaie.
Celle qu'il intitule Les Esbahis^ a pour sujet les tribulations d'un vieillard amoureux, « le sire Josse, marchand ». Saluons ce nom, que Molière reprendra et rendra proverbial. Étant donné le penchant de Grévin à la satire, nous allons encore trouver une comédie satirique. Est-ce une satire personnelle? V! Avant-Jeu nous apprend que la hardiesse mordante de sa première comédie avait créé des ennemies à l'auteur parmi les habitantes du quartier Maubert :
L'autre poinct qui m'a faict venir Est pour vous faire souvenir
1, Y actes divisés en scènes; 2531 vers.
De ceste plaincte, qui fut faicte N'aguere encontre le Poëte, Pour la rancune et le soucy Des dames de ce quartier cy*....
Apparemment plus d'une avait cru se reconnaître :
Car quand le Poëte pense faire
Quelque chose pour vous complaire,
Elles prennent opinion
Que c'est à leur intention,
Et que tousjours on parle d'elles.
Si aux Comédies nouvelles
On a possible découvert
Un lieu de la place Maubert*.
Cette fois Grévin déclare qu'il met en scène des bourgeois d'un quartier voisin et
Que ceste Comédie est faicte Sur le discours de quelque amour Qui s'est conduit au carefour De sainct Sevrin^...
Simple malice du poète : la pièce roule sur une aventure assez banale pour que les paroissiens de Saint-Séverin n'aient pas eu à s'émouvoir.
Le bonhomme Josse s'est vu enlever sa femme par un de ces gentilshommes qui passent leurs journées à « deviser sur un contoir » avec les jolies boutiquières. Ayant reçu avis de la mort de l'infidèle, il lui vint l'idée de convoler, et son voisin Gérard lui a accordé la main de sa fille Madeleine. Celle-ci, par exemple, ne lui a pas accordé son cœur. Éprise d'un jeune avocat qui l'aime, nous l'entendons se lamenter sur l'aveuglement des parents, qui ne pèsent que les motifs d'intérêt et ne voient dans