II. 183. Y
nous la connaissons; mais il juge utile de la raconter avec force détails. Celle du cousin, il la doit à dame Claude, une digne entremetteuse (l'auteur lui donne tout crûmemt un titre beaucoup plus déslionnète), qui lui a présenté une femme dont il se félicite allègrement d'avoir acquis ou acheté les bonnes grâces. N'oublions pas l'apparition du nouveau personnage; ce <' tendron », nommé Agnès, va servir au dénouement.
Au dernier acte, maître Josse paraît en armes. Son domestique le trouve grotesque, mais le barbon se sent tout ragaillardi sous le harnois qu'il portait à Cerisoles. Et maintenant, il lui faut la vie de Gérard, qui refuse de rendre les cadeaux de fiançailles. Cette fureur excite l'ironie du valet :
Sire, quand vous l'aurez tué, Oïl voulez-vous que je le mette*?
Yoici Gérard. Les deux vieillards se provoquent en faisant de loin une grande dépense d'invectives, à la façon des héros d'Homère. Mais Julien imagine une diversion : c'est Panlhaleone le coupable ; l'homme qui s'est introduit dans la chambre de Madeleine, c'est l'Italien. Les deux adversaires, devenus alliés, se précipitent au dehors pour chercher le capitan. Quand ils le ramènent, ils trouvent le gentilhomme et Agnès, qui devisaient paisiblement. Ici, la péripétie attendue. Agnès reconnaît Josse. son mari. Josse reconnaît sa femme. Le gentilhomme et l'Italien s'écrient ensemble: Mais c'est ma maîtresse! Et, en effet, celui-ci l'a amenée de Lyon, celui-là l'a trouvée chez Claude. Étonnement général : ils se regardent tous stupéfaits et esbahis. Josse commence par traiter sa femme avec une sévérité qui n'a rien d'injuste. Mais cela ne fait le compte d'aucun des assistants. Une situation qui provoque toujours l'hilarité au théâtre est celle où un personnage, bien affermi au début dans ses idées, finit par en changer sur l'insistance intéressée et l'unanimité bruyante de
tous les autres. Ainsi en advient-il du pauvre Josse. On ne lui crie pas : c'est votre léthargie ! On lui crie : c/est votre femme l On demande, on exige qu'il la reprenne. Résiste-t-il, on le traite d'époux sans cœur, de suborneur des jeunes filles, presque de bigame : il montera au pilori ! Que faire, sinon céder? Il cède. Julien court avertir l'avocat que son mariage ne saurait se différer. Quant à l'Italien, il devrait bien payer pour tout le monde, mais il a fui.
Telle est cette comédie des Eshahis, qu'on a estimée « beaucoup plus remarquable » que la Trésorière\ Je n'en dirai pas autant. Dans cette pièce de longue haleine, je trouve plutôt moins d'esprit et de sens comique. Les défaillances physiques et morales de la vieillesse fournissent-elles un sujet si divertissant? L'œuvre montre toutefois (dans l'intrigue notamment, nette et serrée) des qualités très estimables. Les mœurs du temps doivent en faire excuser les défauts : des peintures franchement lascives et une liberté de langage qui dépasse, cette fois, les bornes de la licence extrême pour verser dans l'obscénité'.
Décidément, l'auteur de la Comédie en France au xvi® siècle ne veut reconnaître à Grévin aucune originalité quant à l'invention des sujets. A l'en croire, les Esbahis seraient « une contrefaçon libre d'une comédie de Charles Estienne w, la Comédie du Sacrifice, traduite de l'italien (1543) et désignée plus tard sous cet autre titre : les Abusés^. De cette traduction, M. Chasles donne de-longs extraits : moyen le plus sûr de faire voir qu'entre elle et le poème de Grévin, il n'existe pas le moindre rapport. Je note, si l'on veut, un seul frait de ressemblance dans le point de départ : il s'agit d'un vieillard appelé Gérard (comme un de ceux de Grévin), qui s'apprête (comme Josse chez Grévin) à épouser la