‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 112 sur 262 · Cf. Petit db Julleville, loc. cit · texte numérisé non relu

Cf. Petit db Julleville, loc. cit

fille d'un de ses amis, nommé Verginio. Finalement, les deux compères se verront joués et abusés^ et la jeune fille, Lélia, épousera Flaminio, le p^onlilliomme qu'elle aime. Mais après quelles péripéties! Il faudra qu'elle s'enfuie du couvent, qu'elle revête un habillement de page, qu'elle entre sous ce costume au service de Flaminio, qui ne la reconnaît pas et l'emploie à porter des billets doux à ses maîtresses. La jeune fille s'évanouit, etc. A quoi bon s'égarer dans l'analyse d'une pièce qui va se compliquant de plus en plus, sans jamais ressembler si peu que ce soit à celle de Grévin? Ce qu'il y a de singulier, c'est que M. Chasles a l'air de s'en prendre à Grévin lui-même de ce que son rapprochement montre de boiteux. Que voulez-vous? Ce Grévin « dérange l'action et la structure de la pièce' ». Alors, quel profit de comparer deux comédies dont l'intrigue, très touffue de part et d'autre, mais surtout chez Estienne, ne se ressemble aucunement! Je sais bien que les Esbahis ne sont pas une simple comédie d'intrigue, et qu'il resterait toujours à Grévin le mérite d'une curieuse satire de mœurs. Mais ici M. Chasles lui-même proclame son originalité.

Même réduit à imiter, Grévin ne demanderait pas un modèle à l'Italie. Précisément cette comédie des Esbahis, à laquelle on voudrait donner comme prototype la fable des Intronati de Sienne, traduite par Charles Estienne, respire le dégoût et l'horreur de l'italianisme. Qu'on ne juge pas ces termes trop forts. Au début, les Italiens avaient séduit, par l'afféterie et les allures brillantes. Peu à peu, on avait compris que la fausseté se cachait trop souvent sous leur emphase et la poltronnerie sous leur vantardise, comme la gueuserie sous leur panache. Les scènes entre Julien et Panthaleone, véritable hors-d'œuvre dans la comédie de Grévin, ont dû soulever les applaudissements : elles venaient bien à leur heure. Panthaleone, c'est le pleutre rodomont; Julien, c'est le Picard avisé, à qui les grands mots ne font pas

i. E. CiiASLKs, op. cit. y p. 60.

peur. Quand d'une voix sonore, Tllalien lance des strophes de TArioste vers la fenêtre de sa belle, le valet se gausse de lui en italien macaronique :

Forfanti, Coioni, Poltroni, Li compagnon! di Toni, Le mal san Lazaro te vingue.

Et le mau de terre te tingue*.

Quand le matamore le provoque, Julien répond par des nasardes :

JULIEN

Avez-vous le martel en teste?

Signor mio, sus, une aubade.

PANTHALEONE.

Mais plustost une bastonnade A ce faquin qui fait du brave....

JULIEN

Prime de Ja caze Freneze, Grand cscuyer de sa maison Quand il est seul.

PANTHALEONE.

Est-ce raison Que j'endure telle bravade, Moi qui pour une canonnade Jamais ne me suis estonné?

JULIEN

Ha quel meurtrier !

PANTHALEONE,

J'ay donné Mille coups d'estoc et de taille Au plus espais d'une bataille, Et ce sot poltron parangonne . Sa couardise à ma personne'.

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