héai, op. cit., p
parce qu'il a réellomenl aimé el souffert, parce (ju'il ;i espéré et désespéré pour espérer encore, parce qu'il a cherché à rendre ces a*rilalions de son Ame, el non pas à se signaler par son adresse dans l'emploi de procédés connus, il en résulte que ses confidences nous montreront un mérite qui mantjue à celles de tous les autres, à savoir le naturel, la vie et le mouvement. Et cela, même dans l'expression des idées les plus chères aux pétrarquistes. Imiter, il ne le peut pas; il fiuil qu'il se souvienne et qu'il raconte. Un détail, une circonstance particulière relèvera donc le lieu commun. Pétrarque bénit le jour où il a rencontré sa maîtresse : « Benedetlo sia 1' giorno e' 1 mese el' anno.... » Ronsard aussi : « Bienheureux fuj^ le jour où mon Ame sujette*. . . ». Grévin chérit le jour où Nicole reçut pour la première fois ses aveux. Mais ce jour a existé et il se le rappelle :
J'auray en révérence et me sera chomable Le plus beau jour (Vesté^....
Autre exemple : Laure par ses regards désarme Jupiter, c'està-dire fait cesser la tempête (voir le sonnet : « Ma poi che '1 dolce riso umile e piano... »). De même Cassandre^, et de même Olympe. Mais Grévin lui attribue cette influence dans un récit animé el précis : le poète et Olympe, échangeant de doux propos, ont été surpris par l'orage (sans que ce contretemps ait eu pour eux les mêmes conséquences que pour Énée el Didon),
Sur les replis courbez de la Seine ondoyante Un soir^....
Reconnaissons donc à Grévin une supériorité certaine sur ses contemporains, sur tous, même sur Ronsard (avant les sonnets à Hélène). Au lieu de porter aux nues une amante idéale, ayant je ne sais quoi d'impersonnel, nous laissant « l'impression d'une
i. RoxsAKD, éd. p. Bl., I, 510, v. 23 sqq.
3. Ronsard, éd. P. Bl., i, 85, v. 27-52. Cf. même éd., I, 26, v. 2-6.
— 255 ^ statue égyptienne, froide, droite, immobile' >>, il nous intéresse à cette maîtresse que nous voyons en quelque sorte marcher et vivre, soit qu'il la rencontre à la porte de son logis, tenant un bouquet à la main% soit qu'elle le reçoive dans son appartement, dont ce la grandeur » sembleavoir intimidé le jeune écolier% soit qu'elle se promène toute joyeuse dans les bois voisins de Glermont*. Ce n'est pas qu'il cherchât de parti pris le relief et la couleur. Il n'avait d'autre parti pris que son amour. VOUmpe contient un sonnet fort remarquable, qui servirait très bien de commentaire au précepte classique de Boileau : « C'est peu d'être poète, il faut être amoureux... ». Dans ce sonnet, Grévin fait en termes très nets le procès du pétrarquisme, condamné dans ce qu'il a de conventionnel et d'artificiel, et je ne sais pas s'il se rencontrerait dans tout le xvi^ siècle un second exemple d'une critique qui nous semble aujourd'hui si raisonnable, et qui, à l'époque, pouvait paraître si hardie :
Jodelle, mes Sonets ne sont que simple prose, Que l'Amour accourcit selon son bon ad vis, Et moy comme le feu qui esmeut mes esprits S'allume ou s'attiédit, la rythme j'en compose.
Cil quil feignant l'amour, en son esprit dispose De montrer par ses vers ce qu'il a bien appris, Affm de s'acquérir du verd laurier le pris, Remasche les secrets de la Métamorphose :
Mais moy que l'Amour tient des long temps prisonnier. Captif comme un forçaire au joug de son collier, Je n'escry la grandeur, mais le mal qui me blesse ;
Et je n'estime pas un homme estre amoureux Qui farde aflecteement ses beaux vers orgueilleux, Entant quil ne le peult pensant à sa Maistresse^.