‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 159 sur 262 · II, 294, T. 1-U · texte numérisé non relu

II, 294, T. 1-U

avec ce reproche théologique que se i'ail à lui-même le poète :

J'ay voulu compasser en mon entendement Ton eslre, ta grandeur et la Toute-puissance.

D'autres sonnets expriment une satire d'ordre général ou politique, présentée dans une forme contenue et nerveuse qui les rend dignes de ne pas passer inaperçus. Trois sortes d'hommes durent se rencontrer souvent sur le chemin du poète et émouvoir sa bile : l'Italien encombrant, si semblable à son Pantlialeone; le prêtre ambitieux, si différent du bon et pieux abbé de Prong, et le courtisan. J'ai cité, à propos des Esbaliis, la caricature de l'Italien, telle que Grévin l'a donnée dans la Gélodacrye\ Aux coureurs d'avantages ecclésiastiques, celle-ci fait entendre aussi de dures paroles :

La plus grand part, helas! le fait pour vivre licureux, Sans soing et sans tourment en loisir paresseux, Faire tousjours grand' chère et s'addonner aux vices.

Mais lors que cest estât ne valloit que des coups, Des persécutions, des chaisnes et des clous, Les hommes lors n'estoyent friands de bénéfices*.

Aux gens de cour, Grévin adresse de rudes vérités :

Qu'est-ce de ceste vie? un public eschafault, Ou celuy qui sçait mieux jouer son personnage, Selon ses passions eschangeant le visage, Est tousjours bien venu, et rien ne luy default.

Encor' qui se peult bien desguiser comme il fault, Prest à servir un Uoy, rei)resentant un page. Ou luy donner conseil s'il faut faire le sage, Celuy de jour en jour s'advancera plus hault.

Ainsi souventcsfois l'on voit sur un théâtre Un conte, un duc, un roy à mille jeux s'esbattre, Et puis en un instant un savetier nouveau ;

Et cil qui maintenant banni de sa province N'estoit seur de soy-mesme, or' gouverner un Prince, Apres avoir passé derrière le rideau*.

Enfin la Gélodacrye présente pour nous cet intérêt, dans sa seconde partie, de nous renseigner sur les sentiments dans lesquels se trouvait Grévin lorsqu'il la composa. L'amour ne tient plus « sa jeunesse captive ». La « Raison » l'a délivré, guéri. « Amour n'est non plus grand que grand on le veult estre' ». Burrlîus tiendra le même langage à Néron : « On n'aime pas, Seigneur, si l'on ne veut aimer ^ », langage, en réalité, des gens qui n'aiment pas, ou qui n'aiment plus. Mais quel changement dans l'esprit de Grévin ! Quelle tristesse, quel découragement ont envahi son àme î On sent, dans ces derniers vers de son second volume, comme le poids d'une immense lassitude, à la l'ois physique et morale :

Que me sert-il, Noyon, de vi\Te plus long temps, Puis que rien ne me plaist et que rien je n'espère? Noyon, que me sert-il de passer en misère, En souspirs et en pleurs mon désiré printemps?

Plus heureux j'eusse esté, si avec mes parens, Content du peu de bien amassé par mon père, Content de la doctrine apprise de ma mère, J'eusse attendu le jour qui bornera mes ans :

J'eusse tousjours vescu au pied de ma montaignc*....

Cette montagne, ces sites familiers, loin desquels, dirait-on, il pressent qu'il doit mourir, il ne tenait qu'à lui d'y couler des jours obscurs et paisibles. Dans un autre sonnet, s'adressant à Clermont, « son })ays tant aimé », il répand les mêmes doléances et le même chagrin. L()rs(|ii'im liomine a modifié,

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