‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 174 sur 262 · VII. — Poésie gnomique · texte numérisé non relu

VII. — Poésie gnomique

Alciat ne se doutait pas en publiant scîs A'mW(h)i<?.« (1522-1551), que le succès de son opuscule allait doter le xvi* siècle d'un

1. (Baron), Compendiaria medironim parisiensiutn notitia, p. 10.

'2. 100 vers.

genre nouveau. Tandis (jne ses distiques étaient traduits en diverses langues, (juantité de [>oèles fran(;ais composaient des ouvraj^es destinés à leui* disputer la faveur du public : Gilles Corrozet, La Perrière, Maurice Scève, Barihéleniy Aneau, Claude Paradin, d'autres encore. Une estampe représentant quelque scène de la vie courante ou quelque allégorie; au bas, une courte pièce de vers exprimant la moralité de l'allégorie ou de la scène, voilà en quoi consistent tous ces ouvrages de parémiologie et de littérature sentencieuse, dont la vogue précédait et préparait celle des Quatrains de Pibrac et de Pierre Mathieu. A l'étranger, les principaux émules d'Alciat dans la poésie gnomique s'appelèrent Sambucus et Adrien le Jeune. On peut y joindre, dans un genre un peu différent, mais très voisin, ce curieux et limpide Corneille Kiel, ou Kilianus, encore inconnu en France, et qui, dans son pays même, n'a été mis en lumière que depuis peu d'années*. Tous trois écrivirent en latin. Pendant son séjour à Anvers, Grévin fit imprimer chez Plantin une traduction en vers français des Emblèmes de Sambucus et de ceux d'Adrien le Jeune.

Jean Sambuc, dit Sambucus (1551-1584), savant hongrois, historien, philologue, antiquaire, numismate et médecin, voyagea pendant plus de vingt ans pour recueillir des manuscrits, des médailles et des documents archéologiques. Historiographe de la maison de Habsbourg sous Maximilien II et sous Rodolphe H, il fut Pami de Lambin et de Turnèbe; il aida Plantin de ses manuscrits*, et Henri Eslienne de ses manuscrits et de sa bourse. Les éloges donnés à son érudition par Juste-Lipse et De Thou pâlissent auprès de l'article que lui a consacré l'historien hongrois Horànyi'. Il écrivit de nombreux ouvrages. Ses Emblèmes,

i. Voir Max Rooses, Kilianus latijnsche gedicliten intgegeven en met een levensberichl voorzien (Kili;inus, Poésies latines, précédées d'une notice biogniphique). Anvers, 1880. Cf. Max I{()osks, Chrialophe Plantin , imprimeur anversois, p. 196.

2. Max lioosEs, Christophe Plantin, imprimeur anversois, p. 182.

7). HoRÀKvi, Memoria Hungarorum.... Vienne et Prcsbourg, 1775-1777, t. III, p. 100-205.

édités par Plantin, parurent pour la première fois en 1564. En tête de chaque page, ou a peu près, se trouve une gravure sur bois avec encadrement. Sous chaque estampe (il y en a plus de 200), une pièce de vers latins, de nombre et de mètre variables, quelquefois avec une dédicace. La traduction de Grévin parut en 1567. Ni le musée Plantin à Anvers, ni la Bibliothèque nationale, ni aucune autre bibliothèque que je sache, ne possède cette traduction française. Outre que les ouvrages de cette nature étaient imprimés ri petit nombre, on a signalé avec justesse, comme une cause expliquant leur rareté et parfois leur disparition, la pratique des artisans de Tépoque qui découpaient ces volumes Ôl Emblèmes pour se servir des gravures comme de modèles ^ Du Yerdier ne parle de Sambucus qu'a Toccasion de ses Emblèmes, et pour dire que Plantin en imprima en 1567 une traduction française, dont il rapporte deux extraits*. (Il n'ajoute pas que cette traduction a Grévin pour auteur, mais il ne peut naître aucun doute à cet égard.) Je recueille avec empressement ces deux fragments, comme étant tout ce qui a survécu peut-être du travail de Grévin. Rapprochés des apophtegmes de Sambucus, ils vont nous faire connaître la méthode de traduction de notra auteur.

Sambucus (sous le titre : Discors concordia) :

Quamvis sit rerum dispar nalurUy minusque Convenianty suhigit, jungit et arte modus.

Quœ mage diversa inter se virhite resislunl Antidotus quant qiue theriacalis habeti

H.ec tamen ars mucety tandem et rediguntur in ununiy

- Uniua ut nomen posl medicina gerat.

Pesliferam illa arcet tahem, infectosque tuetur : Excitât optato frigida membra tono

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