LES AMIS DE GRÉVIN
Coup (i'œil sur Clermont au xvi' siècle. — I. Les srmis de Grévin à Clermonl. liolalions protestantes : la famille de Warly. Odes de Grévin à Mme de Warly et à son lils. — II. Helalions protestantes et litU-rairos : Antoine de Talon, Jean de Filleau. Ode et sonnets de Grévin à Talon; sonnet de Grévin en tète de l'opuscule de Filleau. — m. Grévin et le poète dermonlois Simon-Guillaume de La Roque. Un portrait de Grévin par La Roque. — IV. Grévin et le médecin clcrmontois Jacques Charpentier. ÉpiUialame composé par Grévin à l'occasion du mariage de Charpentier; la Res^ potisio adJ. Carpentarii mliimnias et la Response aux calomnies... (1564). —
V. Grévin et Ronsard. Relations d'abord amicales. Vers de Rctnsard à Grévin, de Grévin à Ronsard, Deux sonnets de Nicolas Ellain à Grévin. De la part prise par Grévin aux pamphlets dirigés contre Ronsard. Grévin renié par Ronsard. —
VI. Grévin et les membres de la Pléiade. Sonnets de J. Du Bellay et de Relleau en l'honneur de Grévin. Ode de Grévin Pour le Tombeau de J. Du Bellay et Épitaphes. — Sonnets de Grévin traduits en latin par Daurat. Grévin et les humanistes, amis de la Pléiade. Grévin et Florent Chreslien. — VII. Les amis divers. Un sonnet peu connu de Grévin à Charles d'Espinay.
Clermonl en Beauvaisis, au temps dont nous parlons, ne ressemblait guère à la ville ouverte et riante que nous connaissons aujourd'hui. Si Ton veut avoir une idée exacte de ce qu'était la cité au xvi'^ siècle, qu'on jette les yeux sur la gravure faite assez peu d'années après les événements (jui nous occupent par Claude Chastillon, topographe du roi Henri IV (cette gravure date au plus tard des premières années du wif siècle : Claude Chastillon, nommé to|)ographe du roi en 1589, mourut en 161(3). JiCs sévères murailles de l'enceinte de Charles le Bel, entourées de fossés, flancjuées de tours et de contreforts, contiennent dans une chaîne circulaire les maisons à i)ignon étroitement serrées,
— ^281) — à liavers lesquelles serpentent des ruelles escarpées et tortueuses. A peine les habitations s'écartent-elles pour faire place au marché et h divers monuments. Vers le bas, l'hôtel de ville, datant, comme les murailles, du règne de Charles le Bel, construction remarquable qui subsiste encore aujourd'hui, et dont l'architecture intéresse à plus d'un titre les archéologues; une galerie à
Clermont et Wartv au xvi« siècle.
mâchicoulis le rattachait à l'enceinte l'orliiiée, au-dessus de laquelle s'élançait la gracieuse aiguille de sa tourelle. Çà et là, les clochetons des nombreux établissements religieux, dont les plus importants s'appelaient la Collégiale et le couvent des Trinitaires (ou Saint-André : c'est aujourd'hui la sous-préfecture). Au sommet, l'église paroissiale de Saint-Samson, bel édilice ogival commencé au xw*" siècle et qui venait d'être achevé. Plus haut encore, la masse imposante du vieux château, dont l'enceinte particulière se reliait à celle de la ville (c'est dans ce château que naquit Charles le Bel en 1294). Une autre gravure de Claude Chastillon nous montre une vue de Clermont prise du village de
Warty, aujourd'hui appelé Filz-James. Au premier plan, le clialeau de Warty, véritable luanoii* féodal, mire dans les eaux de la Bresche, chantée par Grévin, ses tours massives, coiffées de toits
Riche et influente, la famille de VVarty a laissé un souvenir dans riiistoire du pays clermonlbis. A elles seules, les poésies de Grévin suffiraient à lui en conserver un dans l'histoire de rétablissement et des progrès du protestantisme dans cette contrée. Calvin, né à Noyon, c'est-à-dire aux portes du Beauvaisis, avait répandu rapidement sa doctrine dans sa ville natale, qui devint bientôt une sorte de quartier général pour les réformés de la région du nord'. De là, son influence se propagea dans le Beauvaisis, puissamment aidée par la connivence de cet évêquecomte de Beauvais, Odet de Coligny, cardinal de Chûtillon (frère de l'amiral Coligny), dont la conversion au calvinisme aboutit, en 1564, à l'éclat public d'un mariage contracté solennellement et en robe rouge. A Clermont, la religion évangélique avait compté de bonne heure une certaine quantité de partisans, et le nombre de ceux-ci ne larda pas à s'accroître encore, puisque l'Édit de pacification de Saint-Germain-en-Laye (août 1570) disposait dans son article 8 : « Pourront aussi ceux de ladite religion faire l'exercice d'icelle ès-lieux qui ensuyvent : assavoir, pour le gouvernement de risle-de-France, aux faux-bourgs de Clermont en Beauvoisis... ». Les calvinistes édifièrent au-dessusde l'hôpital, à l'endroit encore appelé aujourd'hui le Prêche (cet endroit se trouve entre la rue d'Amiens et la rue Grévin), un temple qui passait pour être en importance le second du royaume, ils y