‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 194 sur 262 · A. Lefiwnc, La jeunesse de Galvin. Paris, 1888, p · texte numérisé non relu

A. Lefiwnc, La jeunesse de Galvin. Paris, 1888, p

instituèrent un collège de plein exercice *. On devine la discorde, les dissensions, les haines qui devaient diviser une petite ville dans laquelle les adeptes des deux cultes se regardaient en quelque sorte face à face, ou se rencontraient à chaque coin de rue. A la fin de sa Description du Beauroisis, Grévin parle de Clermont en ces termes :

Pais beneit, et ville plus heureuse,

Si dedans toy discorde malheureuse

N'eust espandu la couppe de Pandore.

Ville abondante, et bien plus riche encore,

Si dans ton cloz, rongeante jalouzie

Du bien d'autruy n'eust sa maison choisie.

Mais comme il n'est homme au monde parfaict,

Et que le vice eust en luy ce mal faict,

Ainsi de toy en ce terrouer heureuse,

En autre part tu es defiectueuse.

Et non du tout affm que t'en recordc.

Dieu regardant d'oeil de miséricorde

A ton salut, a faict luire sur toy

Un Magistrat, ministre de la loy.

Dont la vertu, et vie autant entière,

Faict en tes jours augmenter ta lumière*.

Ce magistrat, dont les mérites consolaient notre auteur du spectacle des rivalités etdes luttes religieuses de ses compatriotes, c*était Philippe de Warty, gouverneur et bailli de la ville et du comté de Clermont.

Vers le commencement du xvi* siècle, l'importante seigneurie de Warty appaiitenait à Pierre de Warty, gouverneur et bailli du comté de Clermont. Pierre de Warty jouissait d'une grande faveur auprès du roi François I". Nommé en 1525 Grand-Maître des eaux et forets de France, il vécut a Li cour : il figure sous le

1. P.-S.-R. FÉRET, Recherches hi^toriquct sur la ville de Clermont {Oise), Clermont pendant les troubles de la Li(/ne (1568 h 1598). Clermont, 1855, p. 4.

2, Dcscvipl. du Deauvoisis, v. 125-140.

nom do Werly dans le procès-verbal d'aulopsie du Dauphin, lils aîné de François P', mort en 1556'. En 1557, il obtint la réunion en un seul ficf îles dilTérents fiefs qu'il possédait dans le pays. En 1559, il acheta la terre de Fournival, et, en 1547, celle d'Airion. 11 mourut le 21 novembre 1551, ayant amassé une fortune considérable. Son fils *, Joachim de La Bretonnière, seigneur de Warty, occupa après lui la charge de gouverneur et bailli de Glermont\ Il paraît bien qu'il donna des marques de sa sympathie pour les doctrines calvinistes et ne laissa pas d'essuyer de ce chef des désagréments personnels. Grévin, dans une pièce de vers qu'il adresse à Philippe de Warty, fils de Joachim, lui propose d'adopter cette devise :

Jamais le fils ne se doit taire Du tort qu'on a faict à son père^

Joachim mourut en 1555. Il avait épousé Madeleine de Suze, fille de Philippe de Suze, seigneur de La Versine, et de Claude de Yilliers de l'Islc-Adam. Madeleine embrassa ouvertement la religion réformée. Elle souffrit pour sa foi dans des circonstances qui méritent qu'on les rapporte. Dans la soirée du 4 septembre 1557, deux ou trois cents religionnaires s'étaient assemblés en une maison de la rue Saint-Jacques, située entre le collège de Plessis (aujourd'hui lycée Louis-le-Grand) et la Sorbonne, pour célébrer la cène et chanter des psaumes. Lorsqu'ils se disposèrent à sortir, ils trouvèrent une populace ameutée qui leur eût fait un mauvais parti sans l'arrivée des officiers de police. Tous ceux qui n'avaient pu se frayer un passage l'épée à la main

1. E. CiiARAVAY, Revue des documents Itisloriques, 2* année (1874-1875), p. 64.

2. 11 eut aussi plusieurs filles, dont l'une fut dame d'honneur de Callierinc de Médicis, une autre prieure du couvent de Wari ville près Clermont (Le V. Anselme, Uhloire généalogique et chronologique de la maison roijale de France, des pairs, etc. Paris, 17-26-1705, t. VIII, p. 906).

3. L. Graves, Annuaire slalislique et administratif du déparletncnt de fOise et du diocèse de îieauvais (1858). Beauva's, 1858, p. 1 15.

furent conduits au Châtelet. Théodore de Bèze rapporte que parmi ces prisonniers se trouvaient des femmes de la plus haute condition, et Pierre de La Place mentionne au nombre de cellesci les châtelaines d'Ouarty (Warty) et de Rentigny (Rantigny, village près de Liancourt, dans la vallée de la Bresche)*. On les injuria grossièrement. Bèze, qui ne craint pas les vivacités du langage, dit qu'on les appela d'un fort vilain mot, et il dit le mot. Il ajoute : « Elles furent chargées de toutes sortes d'injures, outragées de coups : leurs acoustremens furent mis en pièces, leurs chapperons abattus de dessus leurs têtes, leurs cheveux arrachés, et leurs visages souillés et couvers d'ordure et fange. En tel estât tous furent conduits aux prisons... '«C'est pour soutenir le courage de ces femmes, dont la mort paraissait certaine, que Calvin leur adressa sa lettre : Aux prisonnières de Paris, une des plus nobles pages peut-être qu'ait écrites le réformateur'. Un certain nombre de supplices suivit TafTaire de la rue Saint- Jacques. D'autres procès étaient déjà instruits et les bûchers n'attendaient que les victimes, quand une des prisonnières, une ce Damoiselle », dit Bèze, c'est-à-dire une femme de qualité, ayant eu l'idée de récuser un de ses juges, les rigueurs, retardées par cet incident, se trouvèrent finalement arrêtées par l'intervention des cantons réformés de la Suisse et des princes prolestants de l'Allemagne. Les prisonniers recouvrèrent la liberté. Madeleine, « renvoyée à la Roine », dit La Place, put revenir à Warty.

Jacques Grévin professait pour elle un dévouement mêlé de reconnaissance. En lui présentant, en 1558, ses Reyrelz de Charles cinquiesme et cette Description du Beauvoisis qu'il terminait par

1. 1». m: I.A l'i.ACK, Commcnlaircs de V Estât de la Religion et République soubs les Rois Henry et François seconds, et Charles neufieme, s. 1., 1565, p. 5 V.

2. Th. dk Bkze, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France. Anvers (Genève), 1580, t. I, p. 1^20.

5. J. Bonnet, Lettres de Calvin; lettres françaises. Paris, 1854, t. II, p. 145. Cf. p. 159, la lettre à Mme de Hanligny.

— soi —

un éloge discret de son fils, il lui disait : « Mon service n'ayant rien envers vous mérité, m'avez fait expérimenter combien est grande la libéralité d'une dame vcrlueuso, envers ceux qui consomment leur temps et aage en un labeur semblable à celuy des filles de Danaé pour assouvir leurs esprits. Pour à quoy obvier, Madame, ces jours passez m'estant un peu délivré de mes accoustumées estudes, tachant selon la petite capacité de mon esprit recognoistre vostre libéralité, ay composé les regretz que faict un Empereur... lesquels il vous plaira rcccpvoir, non en récompcnce, ains en recongnoissance de vostre libéralité : n'ayant pour le présent plus grande commodité de vous monstrer raflection que j'ay de faire quelque chose à vous agréable — Ainsi, Madame, j'espère (jue de vostre accoustumee bonté et bénignité, prendrez pour ceste heure en bonne partie ce mien petit labeur, non par debvoir, car je vous doibs beaucoup plus que ne srauroys excogiter à satisfaire. « 11 est probable que la châtelaine de Warty avait subvenu à l'entretien à Paris de son jeune coreligionnaire, et queGrévin devait à Madeleine la continuation des études dont l'oncle de Prong lui avait inculqué le rudiment. Ce même opuscule des Regretz contenait une ode à Madame de Warty, que Grévin reproduisit ensuite dans VOlimpe, avec quelques variantes ou plutôt quelques corrections de style ou d'orthographe. Dans cette composition, l'auteur flétrit la malice d'un Prêtée qui a « vomi le venin de sa rage» contre l'honneur de Madame de Warty. Nous comprenons bien quel parti il entend désigner par ce dieu à la « rage desbridée », monstre momentanément puissant avec la permission du ciel, mais voué finalement h la honte et à la défaite. Il compare l'inconstance, l'incertitude des sentiments de ce Prêtée au caprice des vents et des flots. Les vers sont frappés avec assez de force :

Ainsi (|ue la mer irritée, Par l'abboy des vents suscitée.

Contre une roche au pied cave j-'ait Itronclier une nd^Truiitc.

Ou le nocher plore et lamente, Voyant son chemin dépravé.

Puis cessant le vent qui la hat, En un coup ses ondes retire, Et fait appaiser le combat D'entre ses eaux et la navire'....

Heureusement, Dieu veille, qui, en un besoin, suscite une légion d'anges pour défendre « la Religion ». Il faut donc mettre sa confiance en Dieu : n'est-ce pas la ressource de tous les persécutés?

C'est ce grand Dieu qui, d'un tonnerre Espouvantant toute la terre.

Rend ses ennemis estonnez, Et de son bras jettant le foudre Emmorcelle ainsi que la poudre Voyre les mieux environnez *....

Veuve de Joachim, Madeleine épousa en secondes noces, à Warty, le 24 novemhi^e 1565, Jean de Monchy, seigneur de Senarpont, dont elle eut un fils, Louis de Monchy, seigneur de Belle en Boulonnois et chambellan du roi\ Au reste, elle continua sa protection à notre poète. Elle avait le plus grand crédit auprès de Marguerite de Savoie, si nous en croyons Grévin luimême qui la désigne dans sa Pastorale sous le nom de Madelon :

Madelon que Margot aime autant que soy-mesme*.

Margot, nous savons que c'est Marguerite. Grévin ajoute, parlant de Madelon :

t. I, UC, V. U-23.

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