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phlet, dirigé contre le cardinal de Lorraine, est une diatribe enflammée, d'une allure quasi cicéronienne, « véritable catilinaire de. la lléforme », comme l'appelle M. Ch. Read, qui en a donné une réimpression. Inutile de dire que le ton de cette invective montre une extrême violence. « Tigre enragé, vipère venimeuse, sépulcre d'abomination, spectacle de malheur, jusques à quand sera-ce que tu abuseras de la jeunesse de notre roi?... Si tu veux m'en croyre, tu t'en iras cacher en quelque tannière, ou bien en quelque désert si loingtain, que l'on n'oye ni vent ni nouvelles de toy. Et par ce moyen tu pourras éviter la poincte de cent mille espées qui t'attendent tous les jours. » Qui avait écrit cette exécration? Peut-être Ilotman*, qui ne s'en vanta jamais; Jean Sturm Ta accusé formellement d'être l'auteur du Tigre\ Peut-être le factum naquit-il d'une collaboration, ce que ferait croire un propos tenu par le magistrat chargé d'instruire ^affaire^ Il fallait trouver un coupable. On découvrit chez un pauvre diable de libraire, fauperculm librarius, dit De Thou*, quelques exemplaires du Tigre. Le 15 juillet 1560, ce libraire, appelé Martin L'Homme, était condamné à mort par arrêt du Parlement. Comme on le menait pendre place Maubert et que la populace s'acharnait sur lui, un marchand de Rouen qui passait d'aventure, arrivant à Paris, rolomagemis quidam imiitor, qui adliuc ocreatus ex via erat, fit entendre (juelques paroles de commisération; on le pendit aussi. Ce Martin L'Iïomme avait été l'imprimeur de Grévin. Chez Martin L'Homme avaient paru toutes les œuvres de Grévin publiées jusqu'à ce jour, sauf VOlimpe. Est-ce Grévin qui apporta chez lui les exemplaires incriminés? Grévin avait-il tenu dans sa boutique, avec Florent
1. R. Dareste, Essai sur François Hotman. Paris, 1850, p. 42, noie 5.
2. R. Dakeste, François Hotman et la Conjuration d'Amboise, Bibliothèque de l'École des Charles, o* série, t. V, p. 562.
3. Voir J. -M. Dargaud, Histoire de la liberté religieuse en France. Paris, 1859, l. I, p. 362.
4. Voir la notice qui accompagne la réédition du Tigre donnée par M. Ch. Read. Paris, 1875, p. 9 sqq.
Chrestien et les autres, de ces conciliabules que la Chambre Ardente allait avoir à rechercher et à punir? Connaissait-il l'auteur du Tigrel Reçut-il quelque avis? Il était plus désigné, à coup sûr, que le marchand de Rouen. Il prit peur, et s'enfuit.
Il se rendit en Angleterre. La reine Elisabeth était depuis peu montée sur le trône. Après avoir hésité sur le parti qu'elle prendrait, elle avait accordé toute sa sympathie au protestantisme. On soupçonne qu'elle ne resta pas étrangère à la conjuration d'Amboise. Elle s'était faite la protectrice des réformés qui fuyaient leur patrie, et qui établirent en Angleterre ce qu'ils appelaient des églises de refuge. Elle accueillit Grévin. Il la remercia par une pièce de vers, jusqu'ici demeurée inédite, et qui est pour nous bien précieuse : elle est le seul document que nous possédions concernant le séjour de notre auteur en Angleterre. Cette pièce existe en manuscrit à la Bibliothèque nationale^ Elle provient de la bibliothèque de la maison de l'Oratoire à Paris*. C'est une sorte d'Épître de 258 vers, intitulée le C/ian^ du Cigne, dédiée « à la majesté de la Royne dangleterre », et datée de janvier 1500, c'est-à-dire 1501, nouveau style. (L'année n'ayant cessé de commencer à Pâques qu'en 1504, il s'ensuit que jusqu'à cette date les mois de janvier, février et mars furent, non les premiers, mais les derniers mois de l'année.)
1. Hihliolhètjue nationale, manuscrils, fonds lalin^ n" 17 075, fT. 87-02. La date de I.jti0 se lit deux fois : dans la dédicace « A la majesté de la Uoync d angle le ne. J. Grevin, en janvier 1560 » et en lêle du premier folio, en haut, h gauche : 1500. Le ms. n'est pas de la main de Grévin, Au v** du dernier folio, on lit ces mots, de la même écriture que le ms. : « Vers du Poelo Grévin a la Royne d'Ang'eterre ». Nous donnons cette poésie in extenso en Appendice.
2. L. Dklisle, Inventaire des manuscrits latins de Notre-Dame et d'autres fonds, Paris, 1871, p. 27.
\a\ lecture de ces vers ne peut laisser aiicini doulo sur les causes (lu VMV.in.. i],> rniifenr :
Madaims eiuc^pondant que la mutine noise
Brusle d'un feu guerrier la noblesse Françoise
El que le peuple amy d'audace et cruaulté
Clioisisl pour gouverneur sa seulle voulluuté,
Cependant qu'au milieu de noz luttes sanglantes
Du couard citadin les armes insollentes
Rougissent dans le sang de ceulx qui sans support
Voycnt au (los|)rouvé les efï'roix de la mort,
Et bref enccpendant que Bellonno maislrise,
Je me suis retiré au bort de la Tamise'...
Je nageois de Paris l'océan obstine'
Agité par les ventz du peuple mutiné*....
Les rocbers de la guerre à fleur d'eau paroissoient...,
Et d'un bord incertain les bancs me menaçoient ''....
Alors qu'abandonné aux ondes popullaires
Je naviguois la mer des civilles misères*....
Quant au titre, le poète nous en donne l'explication. Dans sa douleur, il s'attendait à mourir. Il s'apprêtait à déplorer son trépas :
Je sentis mes deux bras, mes flancs et ma poictrine Se cbarger peu à peu du plumage d'un cignc, Non pour nager les eaux ou quittant les citez Cherclier du haut des lacs les cours précipitez... Mais bien pour degoiser sur cest humide bort Le lamentable chant de ma prochaine mort''.
Inspiré par Platon, le poète moderne prêtera à son héros la même idée rendue avec plus de concision élégante :