Rcsponse aux calomnies, p. H
— r>t>o — de captation. Charpenlier en retour devait vouer à Grévin une véritable haine. On connaît la suite.
Si sa rupture avec Ronsard n'eut pas pour Grévin des conséquences aussi immédiatement fâcheuses, elle l'orme dans sa vie un épisode qui n'illustrera pas sa mémoire littéraire, et qu'il semble difficile de raconter sans prononcer, après Goujet, le mot d'ingratitude. C'est tout ce qu'on peut faire que de plaider en faveur de notre auteur la jeunesse, l'entraînement et les influences du milieu. Il avait commencé par aimer et admirer Ronsard. Il comptait parmi ses disciples les plus fidèles comme les plus brillants. Ses sentiments à son égard se traduisaient non seulement par la mention fréquente qu'il faisait de son nom dans ses vers', non seulement par la condescendance affichée pour certaines idées ronsardiennes (par exemple, en acceptant comme article de foi la légende de Francien*), mais encore et surtout par la mise en pratique des théories littéraires du Maître et par une imitation diligente, forme d'adhésion et d'hommage qui sera toujours la plus goûtée d'un chef d'Ecole. Ronsard, de son côté, professait pour le jeune poète cette estime amicale, avec je ne sais quoi de paternel, qu'il réservait à ses familiers de prédilection. Rien de plus flatteur que les éloges dont il se montrait prodigue a son égard, soit dans le sonnet :
i. I, 2, V. 15; 13, V. 23; 17, v. 1; 27, v. 1; 39, v. 15; 68, v. 1; 9G, v. 28; II 308, V. 12; Hymne au Dauphin, v. 317 sqq. — Je crois impossible d'expliquer ce que veut dire Colletet dans la Vie de Ronsard, lorsque, dressant la liste de tous les contemporains qui ont loué celui-ci, il mentionne « Jacques Grévin, dans sa préface du Petit-fils. » P. Blancuemain, Œuvres inédites de Ronsard. Paris, 1855, p. lOi).
2. Regrelz de Charles d'Autriche, v, 287 : Sentant encor' une Troicnnc race. Cf. I, 1, V. 4; 39, V. 28; II, 5, v. 27.
A Phebus, mon Grevin, tu es du tout semblable De face et de cheveux, et d'art et de sçavoir*...,
soit dans le Discours à Jacques Grevin :
Grevin, en tous mestiers on peut estre parfait'....
Il lui dit, dans un vers dont Boileau se souviendra, qu'il n'est pas de ces méchants rimeurs
Qui ne servent de rien qu'à donner des habits A la canelle, au sucre' ;
il le félicite d'avoir couru tout de suite sur les traces de Jodelle. Il le traite, en somme, en poète de premier ordre :
Tu nous a surmontez, qui sommes ja grisons, Et qui pensions avoir Phebus en nos maisons*;
sans oublier ses mérites comme médecin, dont Grevin ne faisait pas bon marché :
Doublement agité, tu appris les mestiers D'Apollon, qui t'estime, et te suit volontiers, A fin qu'en nostre France un seul Grevin assemble La docte médecine et les vers tout ensemble ^
Qu'on se reporte à l'époque, qu'on songe à l'autorité que possédait Ronsard, et l'on comprendra la gravité que devaient avoir
1. UossARD, éd. p. Bl., I, 208, v. 3-4. ^2. Ronsard, éd. P. Bl.. VI, 3H-515.
3. Ibid., 313, V. lG-17. Boilkau, Kpîtrc 1, v. 38 : Uabiller chez Francœur le sucre et la canelle.
4. Ronsard, éd. P. Bl., VI, 315, v. 4-5. .j. Ibid., V. 12-15.
{\v U'ib rlopfos, tombés d'une telle phiiiu". J'ai inalv du caiactère aiïectueux des rapports qu'entretenaient les deux poètes. Notre jeune Clermontois vivait dans Tintimité de Ronsard. Dans une pièce de vers très curieuse, publiée en 1560 sous le titre : Les Isles Fortunées, Ronsard exhorte Muret à quitter la cour et ses dan<Jiereux plaisirs pour aller chercher bien loin, au delà des mers, au sein « des isles bien-heuiées », l'agréable repos de la solitude. Tous les amis de Ronsard sont réunis sur le rivage et lui tendent joyeusement les bras, prêts à s'embarquer avec lui. Ronsard les énunière :
Voicy Macloii, voicy d'une autre part Ton Fremiot, Des Autels et Thyard; Icy Grevin, ici Colet arrive....
Çk que j'embrasse une si chère bande*.
En réalité, la bande se contentait de se répandre dans les villages des environs de la capitale, où l'on pouvait alors goûter l'ombre et le frais. Elle se rendait à Arcueil, dont Ronsard a chanté la fontaine ; à Gentilly, célèbre aussi par sa fontaine et par ses prés; à Saint-Marceau, où l'on recevait l'hospitalité chez un jeune poète, auteur de vers aujourd'hui bien oubliés, Nicolas Ellain. Il faut qu'à notre tour nous nous arrêtions chez ce dernier ; nous ne regretterons pas notre halte. Nous allons trouver dans ses vers le commentaire du passage de Ronsard ci-dessus cité, et comme un aimable et saisissant croquis des distractions champêtres du grand poète et de ses camarades. Condisciple de Grévin à la Faculté de médecine, Nicolas Ellain, qui deviendra médecin fameux et doyen, publia en 1501, chez Vincent Sertenas, un recueil de sonnets auquel sa rareté seule donnerait du prix*.