CONCLUSION
Tant de choses dans une vie si coiirle! C'est la première réflexion quinspire l'œuvre si étendue et si variée de Jacques Grévin, mort à trente ans. La partie poétique de cette œuvre, pour ne parler que d'elle, comprend plus de seize mille vers : imposant labeur, qui devait attirer l'attention par son étendue seule, et auquel la postérité ne paraît pas avoir accordé l'estime qu'il méritait d'ailleurs à tant d'autres égards. Ce n'est pas que, de son vivant, la louange ait manqué au nom de Grévin. J'ai dit quel concert d'éloges s'éleva de toutes parts. En un mot, l'auteur de VOlimpe et du Théâtre fut l'ami de Ronsard, et, pour ainsi m'exprimer, l'ami de la Pléiade. Sans compter qu'on peut se demander s'il ne fit pas partie de la Pléiade, car cette dénomination n'a pas toujours désigné le même groupe d'écrivains, et au besoin « pour y faire entrer soit Grévin, soit Garnicr, en respectant toujours le nombre sept, on supprimait Daurat, ou un autre' ». A-t-on pris garde que Ronsard, dans le Discours à Jacques Grévin, traite celui-ci comme un des meilleurs poètes du temps, comme le meilleur peut-être, après lui-même?
Tu nous as toutesfois les Muses amenées,
Et nous a surmontez, qui sommes ja grisons,
Et qui pensions avoir Phebus en nos maisons'....
\. E. Faguet, Seizième siècle, Études littéraires. Paris, 1894, p. 201. 2. Ronsard, éd. P. Bl., VI. T.!;), v. 7,-r).
Pasquier a consacré un curieux chapitre de ses liecherches à « la grande flotte de Poètes » qui illustra le règne de Henri II et celui de son successeur*. Dans une métaphore longuement prolongée, comme on les aimait alors, il passe en revue tous les auteurs qui ont livré « une belle guerre contre l'ignorance » (expression chèi'e à Ronsard, nous le savons) : ceux de l'avantgarde, ceux qui ont fait cr le gros de la bataille », c'est-à-dire les écrivains de la Pléiade, et quelques autres au nombre desquels il se nomme sans fausse modestie, et enfin ceux de Parrière-garde, parmi lesquels il donne à Jacques Grévin une place honorable. Mais le plus noble éloge qu'on piit souhaiter pour la mémoire de notre auteur lui vint d'un homme dont Colletet a dit, non sans esprit, qu'il lui appartenait de prononcer des arrêts sans appel, je veux parler du président De Thou, qui n'hésitait pas à promettre à la poésie de Grévin un immortel renom : « Paullo post.,, obiit Jacobm Grevinus Claromontio in Bellovacis natiis, ingénia et rara eruditione prxstanSy qui mm a pueritia indmtriam in poetica felicmimc exercHisset, qiiod Gelodacnjs et alla édita cum mris illius xvipoetis comparanda et œternum vietura ad posteritatem testantuVy ad medicinœ studium animum appulit, in qua pari felicitate ingenium exercuit^. . . »
Voilà (en y ajoutant, si l'on veut. Du Verdier et La Croix du Maine) pour les témoignages contemporains. Dès le xvn*" siècle, l'oubli commence pour Grévin. Baillet déclare dédaigneusement que ses ouvrages ont « le sort des poésies qu'on ne lit plus'* », et Colletet proleste avec chagrin contre « l'injuste mespris que de certains critiques ont fait de lui ». Au siècle suivant, Goujet et Niceron répètent ce qu'ont dit Du Verdier et La Croix du Maine. Dans la suite, depuis Laharpe juscju'aux criticjues de nos jours, on n'a jamais parlé de Grévin (jue pour s'occupei* de son théâtre. Va même de ce côté, lui a-l-on pleinement rendu justice? Uele-