‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 229 sur 262 · Cf. HÉSIODE · texte numérisé non relu

Cf. HÉSIODE

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(Theoyon., v. 81-87.)

IamjucI licuit UMiiunt les neuf sçavanles seurs Abreuvèrent jadis de leurs sainctes doulceurs.

Depuis, continuant à suyvre leur eschoile, Vous sceulcs tellement façonner la parolle El les doctes discours de vostre doulce voix, Qun chacun vous admyrc entre les aultres Hoys. Vous parlez pi'oniptemenl nostre lan«,rue françoise, 170 L'espagnolle, et tliuscane, et latine, et gregeoyse. Vous sçavez la vulgaire, et si avez cest heur D'entendre et de respondre à tout ambassadeur, Car vous n'avez besoing de mandior la bouche De ceulx à qui de droict vostre affaire ne louche, Et qui, mallicieux ou hien maladvisez, Rendent le plus souvent les princes abusez.

Vous gardez la doulccur avecque la puissance ; Vous tenez près de vous la mesme reverance Qui se sied sur le frond et ])enelre a tous coups 180 Dans le cueur de celluy qui se présente à vous; Vous ne ressemblez point à ces roys misérables Qui trop mal asseurez, et possible coulpables, Hayneurs de leurs subjcclz et n'estans point aymez, Dedans leurs vieux pallais se tiennent enfermez ^ Mais ainsi qu'une Royne aymee et bien voullue, Vous conteniez chascun de vostre heureuse veue. Comme le beau solle[i]l, lequel bien que tousjours Entrant dans l'Orianl il allume les jours. Bien que nous ne voyons chose plus ordinaire 190 Que son feu journallicr duquel il nous esclere, Sy est il admiré et d'un chascun nommé Père conservateur et père bien aymé.

Cella faicl que les grands et ceulx de la commune Admyrent vostre esprit plus que vostre fortune. Et qu'on veoit aujourdhuy les peuples aflligez Dessoubz vostre faveur heureusement rangez. Rangez et deffenduz d'une peine servi lie. Comme estoient les Gregeoys soubz la targue d'Achille. Madame, ces vertuz dont Dieu vous est autheur, 200 Feircnt jadis nommer le Roy prince et pasteur

\. Cf. Plinb le Jeune, Panegyr., XLVIII.

De maintz peuples puissans ; celles mesmes encore

Font qu'aujourdhuy chascun vous ayme et vous honnore;

Elles font que desja vostre nom précieux

Paroist entre les roys, ainsi que, dans les cieulx,

On veoyt au point du jour ceste estoille connue,

Qui du solleil levant anonce la venue.

Elle donne la vye à ceste grand clarté,

Qui sort comme ung solleil de vostre magesté.

Et à ce sceptre angloix que l'Europe contemple,

210 Qui sert aux miculx apris de modelle et d'exemple, D'addresse aux affligez, et qui m'a faict ce bien De me conduire ainsi qu'un phare «Egiptien, Alors qu'abandonné aux ondes popullaires. Je navigeoys la mer des civilles misères. Et que gaugnant la terre enfin je m'arresté Dans le havre espéré de vostre grand cité.

Là si tost je ne fuz que, de douleur esprise. Mon ame ne pleuroyt au bord de la Tamise, Et, comme le futur compagnon des oyseaux

220 Qui congnoissent le flux et reflux de ses eaux.

Je sentis mes deux bras, mes flancs et ma poictrine Se charger peu à peu du plumage d'un Cigne, Non pour nager les eaux ou, quictant les citez. Chercher du hault des lacs les cours inusitez, Non pour laisser la terre ou, trop loing de la France, Je faictz pour le jourdlmy ma longue demourance. Mais bien pour degoiser sur cest humide bort Le lamentable chant de ma prochaine mort. Toutesfois je sentis vostre parolle humaine

230 Alenter doulcement ma doulleur et ma peine,

Lors qu'il vous pleut me veoir, me l'aisant cest honneur

D'avoir pour agréable ung mien petit labour.

Ainsi donc, recouvert de ces plumes estranges,

Je laissay ma chanson pour dire voz louanges,

Pour anoncer au peuple et aux honmies sçavans

Qui vivent aujourdhuy et seront survivans.

Bref pour esrripre au doz de vostre renommée :

La IIOY.NE ElISABKT, I'UINCKSSK iiikn aymek.

B. — Vingt quatre sonnets de Grevin sur Romme A Madame de Savoie*.

Je ne veux imiter la fureur de Pétrarque*, Lors qu'espris justoniont d'une juste doulour. Jadis il escrivoit la ruine et malheur Dont toute Romme encor porte la juste marque.

Je ne veux contrefaire un sçavant Aristarque, Ni mns(iuer mes escrits d'une belle couleur, Mais bien je veux montrer que la grandeur et heur Furent assujetis au temps et à la Parque.

Comm' un grand pin fueillu plus gros et plus puissant Fait un bruit plus hautain alors que périssant Le foudre a déterré sa racine profonde,

Ainsi Romme, qui fut le chef de l'univers, Par son bruit ruineux porté dedans mes vers, De merveille et d'effroi remplira tout le monde.

Madame vous verrez en ce papier descrite Et peinte de couleurs ceste grande cité. Dont le nom est plus grand que n'est sa vérité. Cité qui maintenant est en poudre réduite.

C'est celle qui tenoitet captive et séduite La mondaine grandeur par sa principauté, C'est Romme qui fut grande en pompe et majesté. Et ores n'est plus rien qu'une ville destruite.

1. Voir plus haut, p. 1 1 et 71. Los présents sonnets sont transcrits ici d'après le ms. 845 do la colloction Dupiiy, ot i)our la promiôrc fois, ce texte, le seol digne de foi, étant domoiné inconnu à M. Ed. Tiicolol ot aux éditeurs des Mémoires-Journaux de Pierre de VEstoile.

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