Cf. Du Bellay, cd. M.-L., Il, 27n, v. l'j-Ji
Romme ainsi quelquesfois esleva sa grandeur Par le saccagement et la rapine ini(|iie De maint prince vaincu et mainte république ileduile souhs le joug de son bras conmiandeur.
Le lion estant mort n'est rien que pourriture ; A ceux qui le craignoient il donne nourriture, Et le champ est couvert de ses os descharnez.
En Romme par les siens à la fin saccagée, Se voit tant seulement la terre eslre chargée De porphires rompus et marbres ruinez.
Deux frères successeurs du Troien ruiné, Aians ja ruiné toute leur race antique, Firent le fondement de ceste ville unique. Fondement à ruine et malheur destiné.
Le plus mnlicieux ruina son aisné ; Des Albains et Sabins la ruine publique Donna accroissement à ceste Republique, Qui après ruina le Grec infortuné.
N'aiant que ruiner elle s'est ruinée.
Ruinant quant et quant l'Itale infortunée, Et si a ruiné maint règne florissant.
Rref Romme tellement en ruines abonde.
Que si le Ciel n'estoit plus fort et i)lus puissant, Romme en la fin seroit la ruine du Monde.
Ceste grande cité, Romme qui tout pouvoit, Est maintenant semblable à la pierre brisée : Celle que Romme on nomme est Romme desguisee, Qui porte seulement le nom que l'autre nvoil.
Le théâtre, où jadis le peuple se trouvoit, N'est qu'un mur ruiné nommé le Colisée : Romme n'a rien d'entier, que l'eguille prisée. Ou encor de César le sépulcre se voit.
Car le temps ennemi de la grandeur humaine, Taschant d'anéantir la puissance Romaine, Ne voulut ruiner ce grand sépulcre, afin
Que dedans Romme mesme estant la cause entière, Qui jadis lui causa sa ruine première, Sa ruine jamais ne puisse prendre fin.
Le grand Vcspasien, et Tite le vainqueur. Qui jadis contraignans le Juif opiniâtre. Dessous le joug cruel du Romain idolâtre Abaissèrent l'orgueil de ce peuple moqueur ;
Bastit et dédia la superbe grandeur Et l'ouvrage admiré du grand Ami)hithealre, Où Romme vit souvent la Fortune marâtre Guerdonner les vivans et d'heur et de malheur :
Mais ce feut seulement par feinte tragédie ; La fortune au jourd'hui plus puissante et hardie Fait voir en vérité la misère tragique.
Le monde est son théâtre, et Romme est au meillieu. Qui crie, en déclarant sa ruine publitjue, Que rien n'est éternel que la grandeur de Dieu.
Romme qui feut le chef et la source profonde De guerre et de travail, de ruine et de mort, Romme (jui par surprise et par cruel ciïort Troubla diversement toute la terre et l'onde,
Romiiic en desordre et guerre à nulle autre seconde, Fisl bastir h la Paix un temple grand et fort. Voulant par ce moien que le mal et discord Fut lait tant seulement pour le reste du Monde.
Mais tout ineonlinant cpie ces braves Hoinains Afin de se nieurdrir prindrent le glaive ans mains, La Paix se départit, ut la Discorde emeuc
Les aiant ruinez, ruina leurs Palais, Et si bien ruina ce grand temple de Paix, Qu'onc^ues depuis ce temps la Paix n'est revenue.
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Vous qui venez à Uomme, et qui songneusement La cause recherchez de sa grande ruine, Voiez des deux Venus la sculpture divine Au jardin où le Pape entre secrètement.
Voiez la Cleopatre, et le vieil bâtiment Du temple de Venus, de Flore, et de Faustine; Sachez qu'Enée estoit fils d'une concubine, Ainsi que Romulus qui fit son fondement.
Une seule Venus, une Hélène ravie Firent perdre aux Troiens Testât avec la vie. Et firent ruiner ce que Priam avoit.
Ne vous estonnez doncq si ces rues sont pleines De palais ruinez, puisque dans Romme on voit Presqu'une infinité de Venus et d'Helenes.
Tu te dois contenter, ô grand' Reine d'Egipte, Cleopatre excellente en richesse et beauté, Tu te dois contenter de voir ceste cité Du chef au fondement piteusement destruite.
Tu la vois au jourd'hui et chetivc et réduite En un malheur si grand, que sa principauté Se couvre du manteau de froide pauvreté Qui a quitté le ciel, et la terre séduite.
Or contente-toi donc, bien qu'Auguste jadis T'aie arraché des mains le sceptre que perdis Pour avoir trop aimé le valeureux Antoine :
Car le temps, plus puissant que ne sont les humains, Afin de te vanger te faict voir les Romains Heduits honteusement sous le pouvoir d'un moine.
Le grand Laocoon, i)rophèlc infortuné, Congnoissant des Grégeois la nature traitresse. Frappa tenant au poing la lance vangeresse Le cheval, qui portoit le malheur soupçonné.
Pallas ou le destin contre luy mutiné Fit misérablement dévorer sa vieillesse Par deux serpens tortus, et soudain par la Grèce Troie fut mise en cendre et Priam ruiné.
La mort de ce vieillard incontinant suivie Par le sac des Troiens et de toute l'Asie, Monstre assez combien peut ce signe ruineux.
Les Romains ruinez se ruinent encore.
Car ils ont retenu lousjours au milieu d'eux Un viel Laocoon que le serpent dévore.
Hercule, ainsi qu'on dit, fut juste punisseur Des serpens punisscurs et du voleur Antée, De Cacus le brigand, de l'Ilidre surmontée, Du traître Gerion, du Lion meurlrisseur :
Il vainquit près le ciel l'esquadron aggrossour Et des mutins Geans la grande troupe athée; Du larron Diomède encores fut domtee L'horrible cruauté et l'esprit ravisseur.
En fjuelijuc lieu qu'il fut, il surmonta l<' vice. I/orgueil, la cruauté, l'audace, et l'injustice. Ne sois donc esbahi de voir ces murs vaincus.
Hercule est au milieu, Romme estl'Hidre seconde, Les Geans, les serpents, un Antée, un Cacus, Geryon, Diomède, et un Lion au Monde.
Apollon, s'il est vrai ce qu'escrivent les poètes, Espris (comme l'on dit) de tes saintes fureurs, Quelque part que tu sois tu portes les malheurs, Les froides pauvretcz, ruines et disetes.
Eux, pour estre avouez tes prestres et prophètes, N'emportent à la lin que travaux et douleurs. Du plaisir incertain mille sanglots et pleurs. Mille maulx apparens de leurs peines secrètes.
Ne t'esmerveille donc, o ville ruine'e.
Qui gardes d'Apollon l'image infortunée.
Si tu es maintenant destruite par le temps.
Apollon fut pour Troie, et Rodes sa sujete ; L'une et l'aultre a esté piteusement défaite. L'une par les Grégeois, l'aultre par les Sultans.
0 fleuve Egiptien, et toi Tibre mutin.
Qui d'un bras recourbé sur la cruche i)rofondc Versez à flots ondez vostre source féconde, Voiez, voiez les maux de ce peuple Latin;
Regardez combien peut le temps et le destin : Romme qui en grandeur n'a point eu sa seconde, Est faicte la risée et la fable du Monde. Elle s'est ruine'e, et vous estes sans lin.
Vous versez et poussez les ondes montanières, Qui renaissent tousjours en vos sources premières. Pour paroistre au défaut de celle qui se pert.
Romme sans fin poursuit sa course périssante. Mais sa naissance, helas, comm' à vous ne lui sert, Car eir est de ruine une source abondante.
Aqueducts eslevez, et vous cerques courriers, Colosses monstrueux, et cisternes humides. Obélisques pointus *, marchez amples et vuides. Trophées somptueux du monde les premiers ;
Asile autorisé, chevaux, braves guerriers, Fils d'Apelle et Phidie, antiques piramides, Rraves ponts estendus sur les ondes liquides. Que le Tibre conduit des grands lacs montaniers;
Gampidole honoré, basiliques plaideuses, Naumachies jadis pleines d'eaus fluctueuses. Vous qui fustes alors ce que Romme on nommoit,
Vous estes aujourd'hui ce que Romme l'on nomme, Vous n'estes rien que cendre, et quiconque vous voit A la cendre et à rien compare toute Romme.
Braves coûta ux, et vous ruines glorieuses, Qui de Romme le nom seulement retenez, Las! quel reste avez vous de tant d'hommes bien nez, De tant d'ames jadis rares et précieuses?