‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 232 sur 262 · Cf Du Bellay, éd. M.-L., U, 255 v. I.V · texte numérisé non relu

Cf Du Bellay, éd. M.-L., U, 255 v. I.V

Vous portez ces beaus noms, bien que dans vos matières Il n'y ait chapiteaus, ni corniches entières, Bases ni pedestal, ni ouvrage ancien.

Ainsi le beau portrait d'une femme ou d'un homme Hepresenté au vif en un miroir se nomme Une femme ou un homme, et toutesfois n'est rien.

Cependant que la France en France mutinée Appeloit au butin le Flamen et Germain, Pendant qu'elle tenoit le glaive dans la main, De mort et d'ennemis par tout environnée.

J'allai voir des Romains la ville infortunée; Je vis le grand tombeau de l'Empire Romain; Je vis comme le temps cruel et inhumain A voit piteusement la ville ruinée.

Je voulus voir les arcz, les Théâtres prisez. Les coulomnes aussy et portiques brisez ; Car, puisque j'estois né en saison malheureuse,

J'aimai mieulx aller voir les ruines d'autrui, Et m'en esmerveiller, que tousjours plein d'ennui Voir de mes propres yeus la France ruineuse.

Soit que le Ciel vainqueur, ou soit que la nature Par le vouloir de Dn:u la cause en ait esté, Du monde universel la plus grande cité Est faite maintenant sa propre sej)ulture.

Des grans arcs triomphaux la l)clle architecture, Des théâtres doublez la sompluosilc Des roulonuies enror l'orgueil et m;ijeslé N'est rien pour le jourd'huy que poudre et pourriture.

Sénat, peuple Romain, et vous grans Empereurs, Oui de ces bastiinens lustes premiers auteurs, Confessez que le temps tout ruine et consomme ;

Car au lieu d'envoier par un ouvrage ti'l A la postérité votre nom immortel.

Vous fistes seulement le sépulcre de Romme.

Comme on voit d'un torrent la course vagabonde • Descendre des rochers impétueusement, Alors (juc le soleil plus vigoureusement Touche le doz neigeus de la terre féconde :

Il bruit et si remplit la vallée profonde, Il ravage et ruine, il paroit seulement; Romme ainsi se montra, quand orgueilleusement L'Empire la rendit première de ce monde.

Mais lors que le soleil se retire en hiver, Le torrent perd son bruit et ne se peut trouver. Mais laisse seulement la campaigne pierreuse.

L'Empire, qui estoit un soleil redouté.

Alors qu'il s'eslongna de ceste grand' cité, Fit que Romme perdit sa grandeur orgueilleuse.

Romme ne pouvant plus au monde estre première, Dieu l'ordonnant ainsi ])ar juste volonté, Voiant par les Germains l'empire transporté, Ains plustot ^parvenu à sa ruine entière.

Ne devint pour cela moins orgueilleuse et fiere, Car elle se forgea une princi|)auté.

Changeant le temporel en spiritualité.

Pour se faire soudain des âmes TEmperiere.

i. Cf. Du Bellav, ('.i. M.-L., II. L>70. v. I.VI8.

Mais ne pouvant fuir le malheur inhumain Qui doibt anéantir tout l'Empire Romain, Elle voit son pouvoir qui ruine et empire ;

Car le premier qui fut à ruine ordonné, Fera qu'à la parfm il sera ruiné, Puis qu'il fut le soutien de ce second empire.

Porphires entaillez, et vous marbres escrits. Qui tesmoignez encor, bien que soiez de pierre, La gloire et la grandeur de maint chef en la guerre Et le sage conseil de maints braves esprits ;

Arcs, théâtres et baings et colosses destruits, Si ceux qui autresfois vous ont tiré de terre. Si ceux qui vous ont faits au plomb et à l'equierre. Si ceux qui vous ont mis sont en poudre réduits,

Si vous mesmes encor' périssez d'heure en heure, Je n'ai point de regret qu'il faille que je meure. Moi qui ne suis que rien en esprit et grandeurs.

Mais je me resjouis qu'en mourant je seconde Les saiges avisez, les guerriers commandeurs. Et ceste grand' cité qui fut le chef du Monde*.

Tout ainsi qu'un lion plein de cueur et d'ardeur*, L'effroi plus redoute de la plaine Libyquc, Se nourrit et se pait de la perle publicjue De maints troupeaus qui ont essaie sa fureur,

i. Voir plus hnut, |». 547. Cf. uno paiiMJie <lr ce lieu coininiin, ol pout-olrc des vers de Grévin, dans ScAimo:*. Œuvres I'."- JT^'v i. Ml. p. 550 : Suporhos monurnens de l'orgiicii des humains....

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