Ibid,, fol. 70 et
Voilà (li)iic (iii'vin docteur régent, comme ou disait alors. Est-il besoin de rappeler la considération, le respect qui s'attachaient à un titre si peu prodigué? Grévin, à l'occasion, saura s'en souvenir avec une légitime fierté. 11 criera à un de ses adversaires : « Avoir le nom de docteur est quelque chose, principalement quand ceux desquels on l'a acquis le donnent à juste raison.... Apprenez que c'est un honneur, lequel non seulement nourrit les arts, mais aussi lequel assurément discerne les hommes, qui sont approuvez par les républiques, d'avecque les imposteurs.... Apprenez que c'est une récompense de la vertu, laquelle est donnée à quelqu'un par le jugement et à la poursuite des citoyens : et que ccluy en est digne qu'il l'a acquis j)ar sentences et suffrages d'iceux*. )j La régence conférait des fonctions et des droits relatifs au régime intérieur de la Faculté, à la gestion de ses affaires, à l'enseignement. Élève la veille, le docteur régent devenait professeur. Tous les ans, à la reprise de l'année scolaire, c'est-à-dire au mois de novembre, le doyen qui avait été en exercice dans l'année écoulée rendait compte de son administration financière aux docteurs régents, qui approuvaient ce compte. De ce chef, la signature de Grévin figure à plusieurs reprises sur les Commentaires de la Faculté* :
\. Second Discours sur V Antimoine, p. 7.
2. Commenlaires mss. de la Faculté de médecine, fol. 79 v'; 95; tl4 V (c'est la signature que nous reproduisons en fac-similé); 141 v". — Baron {Compendiaria mcdicorum parisiensium notilia... s. L, llh'l; p. H, col. 1) commet une erreur en attribuant le docloral de Grévin au décanat qui expire en novembre 15G2. 11 n'a pas pris garde que mars ir>G2 signifie, en style nouveau, mars làGô. Aussi est-ce en novembre 1565 que nous trouvons pour la première fois Grévin au nombre des docteurs régents qui approuvent les comptes de gestion du doyen sortant.
Libre du souci des études, il va donner carrière à raclivité de son esprit. Des ouvrages de médecine, des productions littéraires, trois polémiques, soit littéraires, soit médicales, voilà de quoi remplir les années 1565 à 1567.
Ronsard venait de lancer à la tête du parti calviniste son âpre et véhémente pliilippique, le Discours des misères de ce temps. Il avait voulu, dit Binet, « armer les muses au secours de la France ». De fait, on vit se déchaîner la guerre civile dans la poésie. L'attaque avait été rude : la défense fut violente. Florent Chrestien, qui y joua un rôle actif, engagea Grévin dans sa querelle. Sous le couvert de l'anonyme, Grévin prit une part plus ou moins grande, mais non douteuse, à ces pamphlets où Ronsard n'était pas seulement attaqué dans ses opinions et dans ses écrits, mais bafoué et déchiré dans sa vie et dans sa personne. La veille encore, Grévin se montrait le disciple déférant de Ronsard. L'amitié de Florent Chrestien fit de lui un homme de parti, et il rompit avec son maître sans retour et d'ailleurs sans raison, à moins que ce ne fût, comme l'écrit sévèrement Colletet, peu enclin cependant à la malveillance, « pour establir sa réputation naissante sur les ruines d'un autre w.
La lutte qu'il soutint contre son compatriote le médecin Charpentier tenait à des causes toutes personnelles et assez obscures. La question religieuse n'y resta sans doute pas étrangère. Nous devons à cette dispute un libelle en latin et un petit poème anonyme, la Response aux calomnies ...(156i). Grévin ne mesura pas ses coups : Charpentier se sentit cruellement atteint. Mais le médecin n'était pas homme à se contenter, comme le grand poète, d'iiPi ('li(juetis de sarcasmes et d'une hautiune réprobation. La satire de Grévin put mériter les suffrages de Florent Chrestien. L'auteur put mettre les rieurs de son côté.
Son adversaire avait du crédit; il allait (Kivtiiir puissant : le pousser à bout était une imprudence dont l'avenir montrera les cfTets.
En 1565, Grévin publia son premier ouvrage de médecine. Ce sont des notes sur Vésale, sous le titre : Anatomes totius xre insculpta delineatio.,.. L'éditeur s'appelait André Wéchel. Plus ou moins, tous ces libraires montrèrent de l'attachement aux principes de la Réforme: Wéchel, après la Saint-Harthélemy, n*eut que le temps de s'enfuir et de se réfugier en Allemagne.
En 1566, commencement de la troisième polémique. Cette fois, la querelle est toute médicale. Un médecin de La Rochelle, nommé Louis de Launay, avait émis, au sujet des vertus curatives de Tantimoine, certaines idées qui ne plurent pas à Grévin. Celui-ci donna son Discours sur les vérins et facultez de l* Antimoine,,.. Avec sa fougue habituelle, il prend parti contre le remède minéral, cher à Paracelse; il se signale ainsi dans les premières escarmouches de cette nouvelle guerre de cent ans qui va diviser les médecins depuis l'arrêt du parlement de io66 jusqu'à celui de 1666. Grévin dédiait cet écrit à « Monsieur de Carnavalet, chevalier de l'ordre du Roy et gouverneur de Monsieur ». François de Carnavalet, ou plutôt de Kernovenoy, choisi par Henri 11 pour être gouverneur de son fils le duc d'Anjou, depuis Henri III, a laissé le souvenir d'un homme instruit, plein de prudence et de sagesse; on n'a jamais parlé de lui qu'en bien. L'épître dédicatoire de Grévin est datée « de Paris, ce premier jour de janvier 1566 ».
Le Proème sur V histoire des François et Hommes viertueux de la maison de Medici, opuscule en vers que Grévin publia sans le signer, et que Robert Estienne dédia, sans nommer l'auteur, à la Reine-mère, le premier janvier 1567, prouve que notre médecin n'avait pas oublié la poésie. S'il ne la faisait plus servir à ses rancunes personnelles, il essayait de la faire servir à ses intérêts, par la recherche de protections puissantes. Il trouva ensuite le temps de traduire un volumineux traité, écrit en latin par un
professeur allemand. Cette traduction intitulée : Cinq Livides de r Imposture et tromperie des Diables.., fut « parachevée d'imprinier le pénultième jour du mois d'avril 1567 ». Par une épître datée du 12 avril, Grévin dédia son ouvrage « à treshaut et trespuissant Prince, Monseigneur le duc d'Anjou... Frère du Roy ». Ce n'est pas par M. de Carnavalet qu'il avait approché le futur roi de France. Il connaissait son médecin, appelé Milet ou Millet, qu'il avait eu pour président à ses actes de doctorat. « M'estant trouvé quelqueffois, dit-il, en devis avec Monsieur Milet vostre médecin, comme il est studieux et diligent recercheur de choses naturelles, nous entrâmes en propos et discourusmes long temps des enchantements et sorcelleries.... »
Cependant Launay avait eu l'idée, fâcheuse pour lui, de répliquer au Discours sur rAntimoine. Le ton de sa réplique était discourtois, et il donnait l'exemple d'une discussion dégénérant en attaques personnelles. C'était offrir le combat à qui ne demandait qu'à se battre. Grévin lança le Second Discours sur rAntimoine. Collelet, qui rappelle avec raison sur ce sujet les démêlés de J. Du Bellay avec le médecin Louis Le Roy, dit Regius', ajoute que « les responses de Grévin semèrent la confusion sur le front de son adversaire ». Il faut lire un factum comme le Second Discours sur rAntimoine pour se faire une idée de ce qu'était la polémique au xvi^ siècle, et des armes que lui fournissait le vieux langage, avec « son je ne sais quoi de naïf, de hardi, de vif et de passionné* ».
Grévin dédia le second Discours, comme le premier, à M. de Carnavalet. Je note la date de la dédicace : « De Paris, ce xxv. aoust 15G7 ». C'est le dernier jour où nous trouvions Grévin à Paris. Le 27 novembre 15G7, a lieu, suivant l'usage, la réunion des docteurs régents de la Faculté. Pour la première fois depuis son admission au doctorat, la signature de Grévin ne figure pas
1. Voir H. Beckkr, Un Humaniste au xvi» siècle. Loys Le Roy de Coutance» Paris, 1897, p. 18 sqq.