Fénelon, Lettre à V Académie française
parmi celles de ses collègues. Que cette nouvelle absence soit ou non entièrement volontaire, il a encore une fois quitté la France : il habite Anvers.
Depuis quelques années déjà, l'occasion s'était présentée pour lui, j'ignore dans quelles circonstances, d'entrer en rapport avec un homme qui connut la plupart des écrivains réputés et des savants de son époque. 1'» architypographe » des Pays-Bas, Christophe Planlin. L'histoire de leurs relations est curieuse. Elle nous fait connaître un petit travail dû à la plume de Grévin, production qui a passé jusqu'à présent inaperçue et dont il faut que je raconte en quelques mots l'origine.
En 1567, l'officine anversoise imprimait un volume intitulé : La première et la seconde partie des dialogues françois, pour les jeunes en fans... (suit une traduction flamande de ce titre). Les ouvrages en forme de dialogue étaient une mode de l'époque à laquelle Erasme avait sacrifié avec ses Colloques. En 1548, Plantin avait édité les Colloques pour apprendre françois et flameng, de Gabriel Meurier. Celle fois, il s'agissait de donner aux pays de langue flamande un livre qui répandît la connaissance du français parmi les enfants des ^écoles. Est-ce cette destination, peu propice à la conservation d'un ouvrage, qui amena la rapide disparition de celui-ci? Aucun bibliographe ne l'a cité. M. Max Uooses, le savant conservateur du Musée Plantin-Moretus, à Anvers, n'en connaît que deux exemplaires, qui appartiennent tous deux à son Musée.
Des poésies liminaires précèdent les Dialogues. C'est Plantin qui parle. Il nous donne sur lui-même des détails très précis, qui oflVent le plus grand intérêt pour sa biographie. 11 nous apprend à la suite de quel accident il dut quitter son premier métier de relieur pour celui d'imprimeur. Il s'excuse de n'avoir pas encore
fait paraître le dictionnaire français-flamand-latin qu'il avait promis : les événements l'ont empêché de tenir cette promesse (le Thésaurus theutonicx Lingux ne verra le jour qu'en 1575). Il publie les Dialogues pour se faire pardonner ce retard. Ainsi, pour qui prend connaissance de ces vers, le doute ne saurait naître : les Dialogues sont l'œuvre de Plantin.
Eh bien! on commettrait une erreur en le croyant. Plantin, à part ses autres mérites, était un bon commerçant (M. Renouard, injuste selon nous, ne lui reconnaît même pas d'autre mérite). Or un bon commerçant vit avec des confidents auxquels il ne cache rien, même de ce qui peut intéresser son amour-propre d'auteur : ce sont ses livres de commerce. Le Musée Plantin, à Anvers, possède, conservés dans un état d'intégrité parfaite, tous les livres de commerce de l'imprimerie plantinienne : documents d'une inestimable valeur, pleins des détails les plus intéressants pour l'histoire littéraire du temps. M. Max Rooses a bien voulu me communiquer ces vénérables reliques. Et voici ce que j'y ai trouvé. Je prends le Journal des Àfaires pour l'année 1565. Plantin a écrit de sa main cette mention : « Le dernier juin par rapport ici. Les colloques du langage françois, débiteur à Casse (c'est-à-dire à la Caisse). J'ay reçu p[ar] compte de mon frère M. Pierre Porret qu'il a payé à M^ Jaques Grevin, à bon compte sur les collo(|ues qu'il fait du langage françois : 5 fl. L. 16.8 (c'est-à-dire 5 florins qui font, en Livres de gros, 16 sous, 8 deniers)'. » Pierre Porret, l'ami d'enfance de Plantin, que celui-ci, durant toute sa vie, appela son frère, était l'intermédiaire ordinaire de l'officine anversoise pour les nombreuses alTairos que celle-ci avait à traiter en France. Voici maintenant ce que Plantin écrit sur le Grand Livre des Afaires, qui naturellement, comme tout Grand-Livre, contient le relevé du Livre-journal dans un ordre métho(li(|ue : << Colbxjues du Langaige françois. Le premier de juin 1565. Pour autant de payer à bon compte à M. Jaques Grevin, à bon compte des colloques qu'il faict : L. s. 16. d. S