‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 43 sur 262 · GRÉVIN MÉDECIN · texte numérisé non relu

GRÉVIN MÉDECIN

La médecine en France au xvi" siècle. Les médecins clrnnoniois : Fernel, Charpentier, Grévin. L'œuvre médicale de Grévin : 1. Anatomie. UAiiatomes lotius lere insculpta ilelineatio (15C5), avec les planches de Gemini. Traduction française: Les Porlraicts anatomiques de toutes les parties du corps humain (1569). Planlin utilise le travail de Grévin dans ses Vivœ imagines et dans la traduction tlamande avec les ()lariches de Vûlverde. — il. La querelle de l'Antimoine. L'opuscule de Launay sur La faculté et vertu admirable de l'Antimoine et le Discours de Jacques Grévin sur les vertus et facultez de l'Antimoine (1566). La délibération de la Faculté de médecine et l'Arrêt du Parlement; influence de Grévin sur l'avènement de ces deux décisions. La Respojice au Discours de maistre Jacques Grévin \y\v Louis de Launay et Le Second Discours de Jacques Grévin sur les vertus et (acullez de l'Antimoine (1507). — 111. Toxicologie. Les Œuvres de ISicandre, Médecin et Poète grec, traduictes en vers François 15G7). Grévin et Jean de Gorris. Les Deux livres des Venins (1508) et leur traduction latine [De Venenis libri duo) par Jérémie Martius, d'Augshourg. — IV. I)émoni)logie. Elle est une des hranches de la médecine au XVI' t-iècle. L'ouvrage lalin de Jean Wiev sur les démons et les sorciers. La traduction de Grévin : Giuq livres de l'Imposture et tromperie des Diables (15()7). Wier et Grévin supérieurs à la superstition de leur siècle. — Conclusion. Rôle médical de Grévin; les amis et les ennemis; un ennemi posthume : Grévin et Jean Le Hon. médecin du cardinal de Guise.

Il ne serait pas facile de se faire, d'après les témoignages liuéiaires, une opinion sur l'étal de la médecine en Fiance au XVI* siècle. Veut-on savoir ce que pensait de celle-ci un homme très éclairé et doué d'un esprit merveilleusement ouvert? Qu'on lise les passages des Esmis où Montaigne, impitoyable pour les médecins de son temps, ne se contente pas de railler leurs travers, leur pédantisme, leur « trongne magistrale », et va jusqu'à leur dénier tout savoir et toute connaissance des secrets du corps

humaine II ne faudrait pas le prendre à la lettre. Outre qu'on vit toujours des gens, même très intelligents, nourrir des préventions contre la médecine et les médecins, jusqu'à la maladie exclusivement, il y eut à toute époque deux espèces de médecins, les bons et les mauvais, et la thérapeutique du xvf siècle méritait bien les sévérités de Montaigne par tout ce qu'elle tenait de l'astrologie, de l'alchimie, du mysticisme, par le mépris trop fréquent de l'observation positive. Ce qui le rebutait à bon droit, c'était un grossier empirisme, dont il rapporte maint exemple, et qui, même à la fin du siècle suivant, n'avait pas perdu tout crédit, si nous croyons sur ce point certaines lettres de Mme de Sévigné. De là une occasion pour Montaigne de se moquer en passant de la connaissance humaine, de laisser percer un peu de cet agnosticisme qui forme la tendance préférée de son esprit. Tout autrement Rabelais, qui n'avait pas cette préoccupation, et qui fut médecin lui-même, et de mérite, ne pouvait pas ne pas prendre la médecine au sérieux. Sans doute, il dut coudoyer dans sa carrière bien des charlatans et bien des pédants, prôneurs de remèdes cornus et « grabeleurs de sentences ». Mais il avait vu à l'œuvre, à Montpellier et à Lyon, ces patients et laborieux |)rofesseurs, dont le mérite consista justement à rechercher l'investigation rationnelle en s'élevant au-dessus des tâtonnements de l'empirisme, experientia vaga ac mera palpatio, dira Bacon, et qui furent de bons médecins parce qu'ils eurent l'esprit philo- ^opbique. Quel charmant portrait du praticien éclairé trouvonsnous dans Pantagruel sous le nom de Rondibilis ! Et Rondibilis n'est pas un personnage imaginaire, c'est Guillaume Rondelet, professeur à Montpellier, condisciple et ami de Rabelais. Bon sens, l)onhomie, pénétration, notion rélléchie de l'action réciproquement exercée l'un sur l'autre par le physique et par le moral, rien ne manque à ce tableau, sauf un traitqui se trouvait alors trop commun pour qu'il valût la peine d'en parler : les

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