VIE DE GRÉVIN
Du manuscrit de Colletet comme source biographique. — I. Date de naissance de Grévin; opinions diverses. — Éducation; l'oncle de Prong. — Grévin au collège : Muret, Jodelie. — Grévin étudiant en médecine; — les œuvres dramatiques : la Trésorière; César; les Esbahis (1558). — IL Premières poésies (1558-1559). La Pastorale (1560). — Études médicales : baccalauréat. — VOlhnpc (1560). Amitié de Ronsard. Grévin et Nicole Estienne. Fuite de Grévin. — III. Grévin protestant. — IV. Grévin en Angleterre : le Clumt du Cigne, poésie inédite (1560). — V. Il revient en France; encore César et les Esbahis; licence en médecine; — le Théâtre (1561 et 1562). — Doctoral en médecine (1562). — VL Activité littéraire et médicale ; participation aux pamphlets calvinistes contre Ronsard ; rupture. — Querelle avec Charpentier : la Responsio ad calumnias et la Response aux calomnies (1564). — UAnatomes tolius delineatio (1505). — Polémique avec le médecin Louis de Launay : le Discours sur t Antimoine (1566). — Le Proème (156L7). — V Imposture et tromperie des Diables. — Le Second Discours sur V Antimoine (1567). — VIL Grévin à Anvers; relations avec Plantin : les Dialogues pour les jeunes en fans (1567); analyse de cet ouvrage. — Traductions en vers : Les Emblèmes de Sambucus et d'Adrien le Jeune; les Œuvres de Nicandre (1567). — Le Traité des Venins {ihGS), — Projet non exécuté d'une édition corrigée du Théâtre. — VIII. La vengeance de Charpentier : Grévin rayé de la liste des docteurs régents (1568) ; — las Portraicts anatomiques (1569). — IX. Grévin en Italie, à la cour de Turin. Les Sonnets sur Rome; analyse. — X. Mort de Grévin (1570). — XL La Complainte de Claude Binet sur la mort de Grévin.
On sait que le précieux manuscrit de Guillaume Colletet, Les Vies des Portes français par ordre chronologique depuis 1201) jusqu'en 1014... lut détruit par Tincendie de la HibliollitMjue du Louvre au mois de mai 1S71 '. En ce (jui concerne noire au-
I. L. Pannier, Essai de restitution du manuscrit de Cuillaumc Colletet, dans la Revue critique d'histoire et de littérature, 1872, II, p. 324-358 (Tirage à part à GO exemplaires sous ce titre : Le manuscrit des Vies des Poètes françois de Guil'
^ 20 — Irm, ..in|u'rU' lie larda pas à se Uoiimt irparéc. llii INT'J, la IjiljliolluMjuo iialioiialo acquérait une reprotluclioii j)arliell(3 du recueil de Collelel' faite, à ce (ju'uii suppose, daus les premières au nées de ce siècle, puui' le coui[»le d*Aimé Martin; elle ccunprend l'article sur Jaccjues Grévin'. Ce n'est pas tout. Di'puis lors, une autre copie vint encore s'adjoindre à celle-ci, une transcription de la vie de divers poètes, j)arnii iescjuels Jac- (jues Grévin, d'après celle que M. Kdouard Tricolel avait prise autrefois 'sur le texte autographe à la BihliotlÙMjue du iiou-
vre'. J'ai donc pu consultei' la notice consacrée par Colletet
à Grévin, notice restée toujours inédite*. C'est un document d'un grand prix. Collelet, à défaut d'autre mérite, possédait une réelle érudition, notamment en ce qui concerne le xvi' siècle, et il s'efforce de se montrer à la fois exact et complet. (( Il y a peu de choses de cette nature qui me soient eschappées )s dit-il lui-même à propos d'un opuscule de Grévin dont il proclame la rareté et qu'il se vante de posséder. Malheureusement, si son travail fournit des éclaircissements littéraires dont il ne faut pas méconnaître la valeur, il se trouve en revanche très sobre de renseignements biographiques. J'ai complété ce qu'il dit par quelques indications puisées à des sources peu connues et peu nombreuses. Bien des points resteront obscurs. En somme, on ne sait presque de la vie de Grévin <|ue ce qu'il en a dit lui-même, et c'est peu de chose.
laume CoHclcl, brûlé dam Cincendie de la BibUolhèqw; du Louvre : essai de resliliilion par Léopold Pannier. Paris, 1872); — L. Paris, Les manuscrits de la Bibliothèque du Loufii' hnVra daus la nuil du 2.") au 'Ji mai sous le rhjne de la Commune. Paris, 187^2.
1. \j. Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliolluujuc nalionale,[.\],\>.7)\l.
2. Hibliotlièquc nationalt;, manuscrits, fonds français, nouvelles acquisitions, n" Ô075, fol; 211-217.
5. Ibid., n" 5074, p. 550-546. Cette copie est plus complète que l'autre; c'est celle que nous suivrons.
4. P. BoNNEFON, Contribution à un essai de restitution du manuscrit de G. Collelet, intitulé : « Vies des Poètes François », dans la Revue d'histoire littéraire de la France, 1895, p. 72 et 74.
Jacques Grévin naquit à Glermoni en Beauvaisis ', pays de sa famille'. Sur l'année où il vint au monde, les biographes ne sont pas d'accord. Ce serait en 1558, selon les uns% en 1540* ou vers 1540% selon les autres. Baillet donne même la date de 1541 % On pourrait le croire bien informé. D'abord en qualité de Clermontois (né à la Neuville-en-IIez, près de Clermont). Ensuite, son témoignage prend une apparence de précision lorsqu'il dit que Grévin mourut le 5 novembre 1570 (ce qui est exact), « âgé de vingt-neuf ans et quelques mois^ «. Cela le ferait naître en effet en 1541. Mais Baillet ne se pique pas (l'être conséquent avec lui-même. Il prétend, d'autre part, que Grévin, lorsqu'il donna sa tragédie, c'est-à-dire en 1558, n'avait que treize ou quatorze ans ! ^ Baillet s'est laissé entraîner par
1. Soit dans les titres de ses ouvrages, soit dans ses épîlres dédicatoires, Grévin écrit presque toujours Jaques cl non Jacques. IS'ous écrivons Jacques pour nous conformer à l'usage. D'autre part, nous nous conformons à l'orthographe suivie presque in^varialileinent par (îrcvin lui-même en écrivant Bcnuvaisis et non Beauvoisis. Enfin \\i>\\< (levons noter qu'il écrivait son nom avec un accent aigu : Grévin (I, 18, v. 8 ;
I ; 42, V. 5; 5G, v. 1 ; 16, v. 27; 95, v. 4), ce qui est très remarquable pour une fpoque où l'emploi de l'accent dans le corps des mots constituait une innovjttion. — Nous avons tenu à respecter scrupuleusement dans les citations l'orthographe de l'auteur, sauf que nous avons employé le j' au lieu de 1'/" quand c'était nécessaire, et transcrit v les u consonnes : modifications aujourd'hui admises et qui ont pour efi'et (II- faciliter la lecture. Nous avons conservé l'accentuation de Grévin, du moins dans hs citations en vers. Quant à sa ponctuation, qui est tout à fait arbitraire, nous avons cru pouvoir la modifier au besoin dans l'intérêt de la clarté.