Voir plus haut, p
iJ. Avocat huguenot de La Rochelle; IIaag, op. cit., t. VI, p. 222.
acquise en vostre bestialle cervelle.... Lisez les bons livres, et ne vous arrestez plus à suyvre l'opinion du barbier et du passant. »
Ce n'est là que la Préface ; V Apologie ne le cède pas en violence à ce préambule. Grévin ne laisse pas, comme faisait du moins son confrère, la discussion technique en dehors de la polémique personnelle. Le médecin rochelais y reçoit de « furieux coups de fouet ». Les mots « cervelle asnière » et « Baudet » sont les plus doux. Sur tel point, lui dit Grévin, « vous avez choppé si lourdement que vous avez donné du museau en terre ». Et ailleurs : « Mais j'ay grand peur que je ne perde ma lexive et ma peine à laver la teste d'un asne ». Je m'en tiens à ces échantillons; il serait facile de les multiplier. Pendant ce temps, les marges de chaque page portent des annotations dans ce goût : Launay ignorant es principes de la nature; Launay ignorant en Logique; Faute de Launay en la Practigne; Ignorance de Launay, A mesure que la philippique s'avance, le langage de Grévin devient plus sévère. « Vous laissastes un peu trop tost les
leçons pourvous aller expérimenter par la mort des hommes »
Et pour terminer : « Je suis d'advis maintenant... que vous quittiez le mestier que vous n'entendez autrement, et que par ce moyen n'occupiez la place d'un homme sçavant non imposteur, lequel gaignera et recevra les gages que depuis trente ans vous avez mal pris des citoyens de La Rochelle, aux despens desquelz vous avez apris à faire mourir les hommes... ». Launay assassin! On attendait ce cri comme dernière expression de la colère de Grévin. Et le pauvre Rochelais entend dresser la liste détaillée, assez longue du reste, des divers habitants de sa ville que son traitement par l'antimoine aurait guéris pour jamais de tous les maux de Thumanité. Cette conclusion féroce prend des allures de réquisitoire.
Ce n'est pas encore tout. Launay a eu ses poètes; Grévin aura les siens. Répoiulre lui-même, il le pourrait : il n'est pas « tellement destitué de ce baston poétique ». Mais il ne daigne. Il avertit seulement La Guillotière qu'il possède certain dizain de
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J. Du Bellay mit son compte, morceau dont la publication ne lui serait pas agréable. Au reste, ses amis répondent pour lui : vers français de Florent Chrestien au commencement du volume, et, à la fin, satire en vers latins de Franciscus Thorius. Ce dernier est évidemment le même que le sieur François Thory qui traduisit en vers latins V Exhorlalion pour la Paix de Ronsard (Paris, 1558)*. On pense que c'était un fils du célèbre Geoffroy Tory ou Tbory, dont les livres sont aujourd'liui si recherchés. Comme dans les duels de Tépoque, tandis que les adversaires ferraillent, les seconds vident leur querelle entre eux. La satire de Thory est assez incolore. Mais Florent Chrestien se charge à lui seul des amis deLaunay ; il les tient au bout de son stylet, et ils vont mordre la poussière. Ils veulent être connus, s'écrie-t-il; eh bien! qu'ils le soient !
Qu'on cognoisse un Bouchct qui d'une sotte plume
Offensant celuy la qu'il ne cognent jamais,
Frappe avec un Sonnet ceux qui n'en peuvent mais,
Sonnet de tous sonnets le cancre et l'apostumc.
Qu'on cognoisse un Vessard {sic) gangrené poétique,
Ulcère tresinfait de sa religion,
Qui a veu, ce dit-il, l'estrange région
Du pais d'Americq, sans y estre hérétique :
Qui veut faire des vers sans que Phebus le pousse,
(Vers tels que les enfans en feroient de meilleurs).
Qui selon le mestier des bons escornilleurs
Flatte son de Lauuay, ce médecin d'eau douce...
Le ton particulièrement acrimonieux de cette pièce s'explique par le titre. C'est une Épître de Chrestien à Grévin « son amy singulier ». On a touché à son ami intime; il ne se connaît plus. Seul; La Guillotière trouve grâce à ses yeux. Florent Chrestien ne s*indigne pas, il s'afflige de voir
sa blanche poësie Â.vecques la noirceur de ces beans corbeaux.