‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 52 sur 262 · Discours sur l'Antimoine, fol · texte numérisé non relu

Discours sur l'Antimoine, fol

commentaire de ces paroles : « Je suis bien marri que mon livre ne vous a autant agréé que la beauté de vostre Olympe, et que n*y ayez pris autant de plaisir que à vos baisiers ». Grévin répondit.

Sa réponse s'appelle : Le Second Discours de Jaques Grévin y Docteur en Médecine à Paris, sur les vertus et facultez de l'Antimoine, auquel il est sommairement traicté de la nature des Minéraux, venins, pestes, et de plusieurs autres questions naturelles et médicinales, pour la confirmation de Vadvis des Médecins de Paris, et pour servir d'Apologie contre ce qua escrit M. Lois de Launay, Empirique (1567). Si je transcris ce titre en entier, c'est pour avoir le plaisir d'en citer un commentaire spirituel : ce Ce long titre, a-t-on dit, ce sommairement, qui fait songer au compendieusement dont l'Intimé foudroie le malheureux Dandin dans les Plaideurs, cette énumération terminée par un et cxtera insidieux, et V Empirique jeté à la fin comme un coup de poing, tout cela est gros de menaces S). Ce second Discours forme un véritable volume. L'importance que l'auteur y attache est indiquée par le titre courant placé au haut des pages : Apologie de Ja. Grévin. C'est qu'en effet il ne défend pas seulement ses idées, mais sa personne, et, en sa personne, la médecine et la poésie. 11 reproduit d'abord le texte latin des lettres d'approbation que lui ont adressées des praticiens fameux : Joannes Gorrxus (Jean de Gorris) ; Nicolaus Magnus (Nicolas Legrand) ; Simori Petrxus (Simon Pierre) ; Gulielmus Plantius (Guilhuime Plancy). Vient ensuite une Préface qui constitue à elle seule un véritable pamphlet. Grévin reste stupéfait du ton adopté par son adversaire. De quelles injures se plaint-il? « Car il ne se trouve pas que je luy en aye dit une seule, si ce n'est qu'il soit si chatouilleux qu'au moindre son d'eslrille qu'il entend autour de ses oreilles, il veuille ruer et mordre comme si quelque pallefrenier

1. Discours sur Jacques Grévin, poète et médecin clermontois, prononcé par M. Deshayes, professeur au collège de Clermont (Oise), à la distribution des prix du collège, le 0 août 18U0 (Voir le Semeur de l'Oise, n" du 7 août 181)0).

iinpalienl luy voulloil esirillcr sa j^ale. » On pense si, commençant ainsi, la discussion manquera de vivacité. Grévin ne permet pas que Ton se moque de son titre de docteur. « Avoir le nom de docteur est quelque chose... » (nous avons déjà cité ce fier passage*). Il ne |)ormct pas que Ton suspecte le dosinléresscmenl des médecins de Paris. Surtout il ne peut soullVir qu'on l'appelle (c faiseur de balades, de farces, plaisant, qui resent encores les traicts de Cupidon, qui fait l'amour ». Depuis Platon, depuis Aristote, qui serait donc le « maistre farceur », depuis les anciens jusqu'aux modernes (et Grévin fait des uns et des autres une longue énumération), les grands jurisconsultes, les grands philosophes, les grands médecins ont été poètes. Que Launay demande à son docte compatriote Jean de Lahaize'. Quand Grévin citera tout à l'heure quelques vers de Nicandre, il ajoutera aussitôt : « Cela n'est pas une ballade, Maistre Loys ». Colletet dit avec raison que la défense de Grévin sur ce point est l'éloge de la poésie. Mais le sujet me paraît traité avec plus d'érudition que d'éclat et ne trouve pas le relief qui lui manque dans la citation de quelques vers « que Jaques Tahureau escrivit sur la traduction françoise de Paul-jEmile faite par Jean Renard ». Sur le peu de doctrine de Launay, notre auteur avait beau jeu. Launay ne raconte-t-il pas inconsidérément que lors d'une épidémie qui désolait La Rochelle, tandis qu'il se voyait impuissant à combattre le fléau, et qu'il s'affligeait d'avoir essayé en vain toutes les ressources de la pharmaceutique usuelle, l'idée de recourir à l'antimoine lui avait été suggérée un beau jour par un passant 1 Et de suite, il avait éprouvé le nouveau remède sur Yanima vilis des malades de l'hôpital, avec la connivence du barbier, c'est-a-dire du chirurgien, comme s'il eût été nommé (c'est Grévin qui parle) le bourreau public de La Rochelle. Grévin le renvoie aux livres. « Estudiez donques, maistre Raudet, et vostre ignorance et malice quiterontparavanture la place qu'elles se sont

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