‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 69 sur 262 · I. Venitifi, p · texte numérisé non relu

I. Venitifi, p

tromper le simple populaire ». Inutile de suivre plus loin Grévin sur ce terrain où les détours qu'il prend pour liasardei' son opinion ésolérique n'enipêclieiit j)as celle-ci d'apparaître, croyonsnous, assez clairement. Hisquer cette interprétation extensive des doctrines empruntées à Wier, et, après av{)ir traduit l'ouvraj^^e du docteur allemand sur l'imposture de ceux qui font enchantements et sorcelleries, ranger, même à mots couverts, la messe parmi les sorcelleries, la consécration parmi les enchantements, et le dogme de la présence réelle parmi les impostures, c'était là, on en conviendra, atteindre d'un coup les dernièies limites de l'audace, et Genève ne pouvait pas en demander davantage au jeune écrivain. Heureusement pour celui-ci, il parlait de loin à la Sorbonne. Le bourreau a parfois brûlé livre et auteur pour des pages qui n'en disaient pas plus, et même qui n'en disaient pas tant.

En somme, Jacques Grévin, à un âge où d'autres ont à peine quitté les bancs de l'école, sut conquérir une notoriété brillante. Sa véhémente intervention dans la querelle de l'antimoine décida du sort de la bataille et dicta l'arrêt du Parlement. Ses confrères rendaient hommage à ses mérites, et il avait pénétré chez les grands. A l'étranger on traduisait ses livres, on citait son nom avec éloge. Plantin l'appelait ermlilissimus Grevinus: le traducteur des Venins va lui donner le titre de prxslauîissimus philosuphus (cette appellation désignait tout médecin qui s'occupait avec distinction des sciences naturelles; c'est à ce titre que Lenglet-Dufresnoy a compris Grévin dans son catalogue des philoso|)hes hermétiques)'. Il y eut bien aussi quehpies déboires et quelques dégoûts. Grévin connut, précisément parce (|u*il

1. LENfiLKT-DuFiŒSNOY, lUsioiïi' de la Philosophie hermélique. Paris, 1742, 1. III, p. 1711.

devint célèbre, ces inimitiés qui semblent, en toute carrière, la consécration du succès. S'il eut des amis comme Jean de Gorris, il eut aussi des ennemis comme Charpentier, et des adversaires très acerbes, comme Louis de Launay et Jean Le Bon. Ce derniei a pourtant compté parmi les opposants à la doctrine antimoniale. Mais il était médecin du cardinal de Guise (Louis de Lorraine, archevêque de Sens, frère du cardinal de Lorraine et de François de Guise). Comme tel,- c'est-à-dire comme familier de la maisoi de Lorraine, il devait exécrer tout ce qui touchait au calvinisme. Lié avec Jean Liébault, l'ancien lival de Grévin, il lui dédia un de ses ouvrages ^ Nous possédons deux témoignages relativement aux démêlés de Jean Le Bon avec notre auteur. Je rencontre le premier dans le plus humble des biographes de Grévin, a qui il ne consacre que quelques mots, le seul d'autre part qui ait louché ce point; il est vrai qu'il s'agit d'un compatriote, Denis Simon, président du bailliage de Beauvais, continuateur de Loisel et de Louvet. Simon s'exprime ainsi dans sa très courte notice sur Jacques Grévin : « Il eut pour antagoniste Jean Le Bon, médecin de Monsieur le duc de Guise*. » (Simon veut dire : du cardinal de Guise.) Le second témoignage est celui de La Croix du Maine, (pii, dressant la liste des ouvrages de Jean Le Bon, écrit cette mention : « Poëmes contre Jaques Grévin Médecin. Je ne sais s'ils H)nt im[)rimés'. » Rien de tel ne ligure dans les écrits de Jean Le Bon parvenus jusqu'à nous. Et pourtant, caché dans un coin de l'un de ces deiniers, voici le curieux souvenir que je rencontre de celle haine de Jean Le Bon [)our Grévin. Il existe un opusc^nle «'xlrémenicnl rare de Jean I^e Bon, sous ce titre : Adages et Pro rcrhes de Soloii de Voge. Par niélropolitain (c'est-à-dire par Jean Le Bon, né à Autreville, près de Chaumont en Bassigny, <lans les Vosges, aujourd'hui Haute-Marne), A Paris, par Nicolas

\. Klov, op. cit., t. I, ji. 507, V" lion {Jean Le).

2. Dksis Simom, I.c Nobiliaire de vertu, ou aujtplenient aux Mémoires de maîtres \ntnine Loysel cl Pierre Louvel (public à la suite de son Supplément à l'hisloire de

lieauvais. l'aris, 1704), p. 50.

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