I. RoNSAiiD, éd. V, Hl., VI, 31 4, V
C'est un p'und (i\o*^e en peu de mois, et drévin, qui succéda de si près à Jodelle, peut en réclamer sa part. Oui, Ronsard a raison :1e théâtre français ;i mi ses destinées commencer avec CléopiUir 1 1 avec Eugène; mais aussi, ajouterons-nous, avec Char, avec la Trhorière et avec les Eshahis. D'ailleurs, Ronsard ne vante ainsi Jodelle, dans une pièce de vers adressée à (irévin, que pour l'aire un mérile à celui-ci d'avoir repris de suite, et non sans un grand bonheur, la tentative de celui-là (Cléopâtre et Eugètie sont de 1552 ; nous avons vu (jue, d'après le Journal du Théâtre françok, les trois pièces de Grévin se jouèrent en 1558). Jodelle et Grévin, chacun dans une mesure que nous chercherons à a})précier, ont inauguré un genre nouveau; s'ils n'ont pas accompli une révolution littéraire (l'expression serait exagérée), ils ont commencé une révolution (jui s'accomplira après eux avec des vicissitudes diverses. Avant Jodelle et avant Grévin, le théâtre français n'existait pas.
Non pas qu'on n'ait vu avant eux, dans la première moitié du xvf siècle, quantité de représentations ou d'œuvres di'amaliques. A chaque instant des ])ièces nouvelles se produisaient, encouragées à la fois par la faveur royale et par le goût toujours croissant du puhlic pour tout ce qui tenait au théâtre. Et ces productions, qu'elles soient destinées à la représentation ou simplement à la lecture, il s'en faut qu'elles ne méritent ni attention ni étude. Mais que valent-elles sous le rapport de l'originalité, et en quoi tendent-elles à introduire sur la scène une forme dramatique que la poésie française puisse enfin revendiquer comme sienne? Prenons les tragédies du temps. Ce sont des emprunts faits sans déguisement aux anciens, des travaux d'humanistes. Je ne paile pas, hicn entendu, des tragédies en latin: on en connaît de fameuses, telles que celles de Buchanan et ce JnUmCxmr de Muret (imprimé dans ses Juvenilia, 1552), que Montaigne a peut-être joué avec ses camarades en son collège de Guyenne *.