Montaigne, Essais, \, 25, in fine
Mt'iiic lui^qu'elle parle en vers français, la tragédie ne fait que rendre les échos de la scène classique. On imite, on copie l'antiquité; le plus souvent, on ne fait que la traduire [Electre, par Lazare de Baïf, 1557 ; Antigone, par Antoine de Baïf; traductions de Sophocle; — Iplrigénie à AnliSy par Thomas Sihilet, 1549; Héciibe, par Lazare de Baïf, 1550; traductions d'Euripide. 11 y a aussi une Ilécube de Bouchetel, une Hélène de Hugues Salel, vers 1550). Pour la comédie, ceux que rehulent les farces trop grossières et trop voisines encore des sotties du moyen âge, ou ceux qui ne veulent pas imiter les Italiens comme Charles Estienne dans sa Comédie du Sacrifice {\hM),^Q tournent encore vers l'antiquité, et se eontentent humhlement d'en faire passer les chefs- »d'œuvre dans notre langue (traduction de VÂndrienne, de Térence, par le même Charles Estienne, 1540; du PliUuSy d'Aristophane, par Bonsard, 1549). Impossible de prendre davantage à la lettre les conseils de Joachim Du Bellay: « Quant aux comédies et tragédies, disait-il, si les Boys et les Bépubliques les vouloient restituer en leur ancienne dignité, qu'ont usurpée les Farces et Moralitez, je seroy bien d'opinion que tu t'y employasses, et si tu le veux faire pour l'ornement de ta langue, tu sçais où tu en doibs trouver les Archétypes*. » L'imitation servile de l'antiquité érigée en maxime, voilà la poétique de Joachim Du Bellay en matière de théâtre. Du Bellay écrivait son manifeste en 1549. Trois ans après, Jodelle faisait représenter Cléopâtre et Evfjène.
11 prenait à ranti(|uilé le sujet de Cléopâtre, comme il lui prit ensuite le sujet de Didon se sacrifiant (date postérieure, mais incertaine), comme Grévin va lui prendre le sujet de César. Mais? là s'arrête l'emprunt. La mise en œuvre est personnelle; l'auteur/ ne procèd(î que de lui; il ne traduit pas, il crée. Pour la comédie, ) innovation plus complète encore. L'auteur dédaigne « les farreui's » ; d'autre part, il n'a que faire des (]recs et des Latins: ce rinvontion n'est point d'un vieil Ménandre' ». Le poète a