‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 95 sur 262 · II, 15, y · texte numérisé non relu

II, 15, y

Grévin :

La voix des citoyens n'ha elle le pouvoir De t'enflamer le cueur trop abject et servile, Te reprochant que Brute est absent de la ville?. Non, qu'un tel deshonneur ne me soit reproché, Que d'avoir patient trop longuement caché Le vouloir qu'ay receu de ma première race*.

Propos de Décime :

Nés juges de l'Etat, nés les vengeurs du crime, C'est souffrir trop longtemps la main qui nous opprime; Et quand sur un tyran nous suspendons nos coups. Chaque instant qu'il respire est un crime pour nous.

Chez Grévin, le même personnage témoigne la même impatience :

Que demeurons-nous tant? Ou est notre assurance?... Il ne fault point attendre, en ce pendant qu'un bien Commun aux citoyens et à toute la patrie' S'offre dans nostre main, et à soy nous convie^.

Les conjurés font avec joie le sacrifice de leur vie :

Notre mort, mes amis, paraît inévitable; Mais qu'une telle mort est noble et désirable! Qu'il est beau de périr dans des desseins si grands! De voir couler son sang dans le sang des tyrans ! Qu'avec plaisir alors on voit sa dernière heure ! Mourons, braves amis, pourvu (jue César meure. Et que la liberté, qu'oppriment ses lorfaits. Renaisse de sa cendre, et revive à jamais.

2. Vers faux corrigé dans les Variantes d*Anvers. 5. II, 18, V. 10;v. 17-19.

— i62 — Grévin :

Il faull, il fault qu'il meure Par nia main vangeresse, et ores (ju'cn niesme heure Je hazarde ma vie es mains des ennemis : Car celuy meurt heureux qui meurt pour son pays... C'est assez, c'est assez puisque avons arresté Mourir ou rachopter l'antique liberté*.

Enfin, quand Cassius émet l'avis qu'on ne devrait pas s'en tenir à la mort du seul César, je ne puis oublier que le Cassius de Grévin propose avec la même chaleur de faire disparaître Antoine et « tout ceste vermine », ainsi qu'il appelle les partisans du dictateur. Au IIP acte, l'imitation devient flagrante. Nous voyons César, qui ne figure pas dans l'acte III de Grévin. Mais il ne fait ici que rééditer les sentiments que Grévin lui prête dans ses actes I et II. Il prédit les conséquences de sa mort :

Rome, qui de'truit tout, semble enfin se détruire : Ce colosse effrayant, dont le monde est foulé, En pressant l'univers est lui-même ébranlé.

Grévin :

Toy Rome qui as fait tout un monde trembler, A ce monde tremblant tu pourras ressembler...

... L'horreur de ton fardeau A ton heur et ton nom servira de tombeau *.-

Il faut se borner, et je ne puis qu'indiquer des passages qui mériteraient d'être conférés en entier. Je passe sur la scène entre César et son confident Dolabella, qui, remplaçant ici Calpurnie, tente d'empêcher César de se rendre au Sénat, lai rappelle les présages sinistres, et se heurte au tranquille courage du dictateur qui aime mieux « mourir que de craindre la mort" ». Je cours

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