‹ Jacques JasminChapitre 2 sur 2 · STANCES A JASMIN · texte numérisé non relu

STANCES A JASMIN

Prononcées sur sa tombe, pendant les fêtes du Centenaire (1)

Sur la terre où tout passe un siècle a donc passé, — comme une fumée éparpillée quand le vent d'autan souftle, — comme un mouchoir qu'on replie après l'orage essuyé, — comme en mains d'un entant on voit une toupie — partir, rouler, ronfler, qui se gonfle et se gausse^ — et qui meurt dans la poussière en son cercle eifacé 1

Ainsi donc, cent ans passés, cette poussière blanche — que foulent nos pieds dans ce champ de mort — où, lauché à son tour, le fier faucheur manque, — formait de blanche neige et de filaments d'or, — les poupons cncoconnés dont nos pères d'alors — ont depuis comblé la funèbre planche ;

Et aussitôt abattus qu'ils furent élevés, — de tant de bons vivants plus un vivant qui vive — sur cette marâtre terre, où saule et pcu[)lier — sont, pour plus de saisons que les hommes, plantés, — où, si Ton voit la tète d'un (homme) qui encore roule et aille à la dérive. — dans le charnier des morts elle sert de grelot aux rats. ; ; .., ^>' 'f, ij

(i) Cette traduction juxtalinéaire est littorale (B. d'A.)

Comme dans la chanson romancière d'Espagne — où Tenfant de Roncevaux en comptait un, vingt, cent, — mille, mille milliers, (qui s'en va, qui s'en vient, — que la mort s'est payé et que la vie s'épargne?) — les petits et les grands du temps de Gharlemagne — ne sont plus que mille, cent, vingt, dix, un seul qui vaille !

Plus qu'un ici, de tant de monde qu'en cent années — la Camarde maigre de sa faux a abattus — dans les fosses comblées d'où, comme dans les prés, — montent, chaque matin, avec les fraîches rosées, — d'autant de ces fosses muettes que le temps a labourées, — des aînés morts sans nom les larges pleurs.

YI

Un seul reste. Et c'est toi, Jasmin ! Tes chansons, — qui s'élèvent au faîte où luisent les étoiles — comme sur l'aile d'or de l'oiseau de la fable, — ne souillèrent si fort, si haut, si immortelles, — que parce qu'en leur (ils pères et mères, pardieu belle ! — ont ri de ton rire et pleuré de tes larmes.

YII

Si un drapeau haut planté résume la patrie — en dépliant sa robe au souffle des vents fiers, — maître sergent ! vous portez le nôtre en vos vers — qui flottent si glorieux et si pleins de magie — que c'est Gascogne entière, à leur voix, qui rallie — les vieux ressuscites aux jeunes riches héritiers.

Tu as pris la lampe morte au tonibeau du trouvère ; tu Tas allumée aux rayons. de ton étoile d'or, — et tant tu en as illuminé le front blanc de ta mère — que celle-ci, de ta flamme irra'âiMite,^e!\éblo;ait l'âge mort — et que, (ton flambeau) passant de ma1n;:*en rhains, du faible au fort, — petites lampes et lumignons marchent dans ton éclair.

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Les Imnpada-cursores du poêle vanté — n'étaient que cent (faiblesj luisards, pour porter la nouvelle — des triomphes d'Olympe aux murs de Praxitèle ; — toi, pour porter ton nom à l'immortalilé, — regarde ; tu as un peuple entier qui se lève et t'aj)pelle, — et qui dit que ta gloire est faite de bonté.

De bonté, de bonté, et de bonté encore ! — Autant que l'oiselet qui s'en régale à plein bec, — donnez-en au pauvrassequi en ouvre la bouche de misère. — Que la terre misérable en redevienne richarde. — Et loi, qui as tant donné pour elle, grand serviteur, — toi qui es passé galant de cette riche fermière,

Lève- toi ! sors du tombeau, pour les grandes fiançailles. — Oh ! pardi, nous te ferons une noce (à sterling) magnifique. — La Force y donnera le bras à la Douceur, — comme tes vers qui, deux à deux, se font la cour ; — le Temps à l'Avenir dira, courbant l'échiné, — la gloire du (vrai) génie qui est le génie de l'amour.

Et les grands aux petits aussi feront escorte. — Lllomère du passé à celui du présent — demandera quelle est la langue qu'on dit morte : — ou celle qui parle, comme le cœur elle bon sens ; — ou celle qui, tel un fou, fait parloter le vent — lorsque, sur Teau, l'esprit s'en va comme un bois mort.

père du mètre d'or et du rythme d'argent, — toi, né d'une larme en la mer d'Ionie, — toi qui as eu pour tombeau l'ile de ta patrie — çt qui, chez les autres, roi étais

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chez toi sergent, — aux vaisseaux (à trois mâts) d'Argos préférant Méonie — et ses bateaux de poche et ses moulins à vent ;

Qu'aurais -lu dit si un des tiens, pastoureau ou pêcheur, — îittroupant ses agneaux ou triant ses poissons frais, — avait prophétisé au parler de ta mère — l'avenir du parler d'Argoliile, et promis — au pauvre vieux Priam l'année à treize mois — et la vie vivante à l'aveugle chanteur ?

Maître, Marthe a rempli son pauvre panier vide ; — le chemin a fleuri où passe Marguerite] — les deux sœurs n'ont plus peur de valet ni soldat. — Au hameau d'Eslanquet, Françonnette redevient jolie — et tresse en gerbe, avec deux morceaux de sa jarretière, — tes Papillotes d'or, fleurs d'immortalité.

Immortelle est ta gloire, immortelle est la nôtre. — Autant cliante ta langue, autant la nôtre vit. — Si une étoile luit au ]>lus lointain été — sur le front de Jasmin, comme sur fer de colonne rostrale, — elle rayonnera (aussi) sur Gascogne. Et 1 "une et l'autre montre — marqueront la môme heure à Thorloge de Dieu .

Cimetière d'Agen, le 6 août 1898.

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A la suite de la conférence, n(3lre aimable compatriote Descomps, qui semble avoir réalisé en lui l'alliance si rechercbée «le tous les arts — car puissant sculpteur el peintre très apprécié, il est en même temps un chanteur de grand talent — interpréta, avec un vif succès, les trois poèmes mis en musique par Jasmin lui-même : Lon Pouiou, La Sereno al cô de glas et Me cal mouri. Il était accompagné au piano par un jeune musicien, compositeur délicat et élégant. M. Filipucci.

Ou'il me soit permis de leur adresser ici, après les applaudissements enthousiastes de l'assemblée, l'expression sincère démon admiration et de ma gratitude.

Laval. — Imprimerie parisienne, L. BARNÉOUD »S: CJ\

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