‹ Jacques Patru (volume 2)Chapitre 26 sur 39 · U» DANGERS DB LA K08IQDB · texte numérisé non relu

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clignotaient dans leur orbite comme au contact d'une lumière trop vive. D'une main maladroite il essayait de rajuster les diverses parties de son costume.

— Répondrez-vous? dit le calife.

— Mon seigneur et maître , dit Giaffar, je vous avais bien conseillé de rentrer au palais, et vous avais assuré que cette soirée nous serait funeste ; mes pressentiments ne me trompent jamais, et le prophète, quoique je sois un de ses plus indignes enfants, m'honore quelquefois de ses avertissements particuliers. Quand vous entrâtes dans ce bois d'oliviers, je vous suivis à distance , comme c'est mon devoir, marchant où vous marchiez, et bien résolu à assumer tous les périls sur ma tête pour les détourner de la vôtre. Cette musique mystérieuse que nous entendions vous préoccupait , et vous ne vous retourniez pas pour voir si votre vizir vous suivait ; tout à coup je me sentis arrêté par une main invisible, j'essayai d'avancer, impossible ; j'étais retenu comme par une puissance invincible. Pendant ce temps vous marchiez toujours, et au détour du sentier je vous perdis de vue.

— Il fallait m*appeler, dit en souriant le

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calife, qui plus d'une fois avait eu la preuve de la poltronnerie de son vizir.

— Je le voulus,mon seigneur et maître,quoiqu'à vrai dire je fusse retenu par la crainte de vous attirer dans le piège où j'étais tombé ; mais le même enchanteur qui avait paralysé l'usage de mes jambes m'ôta en même temps la parole : j'ouvris la bouche et je ne pus crier. Alors, en me débattant, je tombai la face contre terre, invoquant Dieu, et le priant de me débarrasser du mauvais génie qui me tourmentait. Ma prière fut écoutée , je sentis que mon corps était libre, je me relevai et me mis à courir. Voilà pourquoi vous me voyez en l'état où je suis, et il ne me reste plus qu'à remercier le prophète d'avoir conservé votre sacrée personne.

Le calife avait écouté ce récit sans l'interrompre. Quand Giaffiar eut cessé de parler, il regarda quelque temps sa figure bouleversée, et lui adressa ces mots :

— Ainsi tu as été la victime d'un sortilège, et ceci à une lieue de ma ville de Bagdad. D faut que les enchanteurs soient, en vérité, bien audacieux î Et tu n'as rien vu , rien entendu ?

LES DAlfGEBS DE Ik HDSIQCE. 09

— Rien!

— Tout cela sent, en effet, l'enchantement; mais examine ton costume, et peut-être trouveras-tu le mot de l'énigme.

En même temps le calife arracha du cafetan de Giaffar une branche d'arbre qui s'y était accrochée, et, la lui montrant :

— Regarde, dit-il.

— Je ne comprend pas la pensée de mon seigneur et maître.

— Ma pensée est que voilà ton mauvais génie, et que tu as pris un tronc d'arbre pour un enchanteur.

— S'il plaît à monseigneur de croire que j'aie pu me tromper de la sorte, je serai bien obligé de me conformer à sa volonté.

— Du reste tu t'es bravement conduit , et tu as parfaitement rompu le maléfice ; aussi je te demande pardon d'avoir souri en te voyant venir avec ta branche d'olivier comme la colombe du prophète Noé. Maintenant tais-toi et suis-moi.

Le calife s'avança alors vers la porte de la petite maison ; la musique continuait toujours, et le calife se sentait de plus en plus porté à punir cette infraction aux lois relî-

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