L£8 OAIIGEBS DE LA MUSIQUE
— L'hospitalité , dit le calife.
— Êtes-vous discret?
— Gomme le chef des eunuques du grand calife Haroun-al-Raschid, dit GiafFar.
— Et si je vous laisse entrer, vous ne parlerez à personne de ce que vous aurez vu?
— Nous le promettons.
— Entrez donc.
La jporte s'ouvrit, et livra passage aux deux illustres aventuriers. L'homme qui leur servait d'introducteur, quoique âgé , parais^ sait encore dispos et bien portant. Sa figure était vivement colorée , et son abdomen prépondérant accusait des habitudes de constant bien-être. En entrant dans la salle éclairée qu'on apercevait du dehors , il s'inclina respectueusement devant trois dames assises autour d'une iable enc(»*e servie , et fit signe aux deux étrangers de l'imiter. Giaffar s'inclina de bonne grâce ; mais, pour le calife, il se contenta de faire un léger signe de tète , car ses scrupules religieux lui revenaient en mémoire, et les chants qu'il avait entendus , les restes du repas délicat qu'il apercevait , lui apparaissaient comme des témoignages irrécusables d'impiété et de sacrilège. Les
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trois dames étaient d'une remarquable beauté, et sauf un air de tristesse qui rembrunissait leurs traits , on n'eût rien trouvé à redire à toute leurpersonne. Elles étaient magnifiquement vêtues d'étoffes de Perse lamées d'argent, et des colliers de perles se jouaient autour de leur cou et sur leurs poitrines. La plus âgée des trois, et celle qui paraissait être la maîtresse , fit signe aux deux voyageurs de s'asseoir, mais sans se permettre aucune question , ce qui étonna fort le calife ; et les deux autres dames imitèrent ce silence.
— Mesdames , dit Haroun-al-Raschid , je vous dois des remerciments pour l'hospitalité que vous nous accordez si gracieusement ; mais permettez-moi de vous faire observer que votre hospitalité m'afflige presque autant qu'elle me réjouit. Vous pratiquez sans doute la religion de Mahomet, et je m'étonne qu'un jour comme celui-ci vous osiez vous écarter si imprudemment des régies prescrites par le Coran. Si le cadî était informé de ce qui se passe, vous pourriez expier cruellement vos plaisirs , et moi-^méme je ne sais si je dois profiter plus longtei^ps de l'asile que vous m'offrez.