LES DANGERS DE LA KQ8IQUE
£n entendant ces paroles , la même dame qui avait fait signe au calife de s'asseoir, se leva de son siège et étendit la main vers la porte d'un air, moitié impérieux, moitié railleur. Le geste était clair et précis , on engageait le calife à se retirer. Cette invitation assez impertinente le piqua au vif, et oubliant presque l'incognito qu'il aurait du s'imposer, il fronça le sourcil, et s'écria :
— Par mon ange blanc, il ne sera pas dit qu'un sacrilège demeure impuni, et vous apprendrez à vos dépens que le jour du bairam est un jour saint pour tous, et qu'il n'est pas permis de se dérober à ses observances!
Cette menace ne parut point émouvoir les trois dames ; mais l'homme qui avait introduit le calife et son vizir se leva tout effrayé, et se prosterna devant la dame au geste impérieux Comme pour lui demander la permission de parler.
— Étranger, dit-il alors au calife , ce que tu viens de dire est d'un honune méchant, et je suis fâché d'être obligé de te rappeler tes propres paroles. Souviens-toi qu'en entrant dans cette maison tu m'as promis le secret; s'il arrivait malheur à ces dames, c'est à toi que
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je m'en prendrais, et mon yatagan ferait justice de ton indiscrétion.
Le reproche était fondé. Le calife sentit sa faute et baissa la tète, tandis qu'au mot d'yatagan Giaffar portait la main à son cou.
— Mais pourquoi ces dames ne se justifientelles pas elles-mêmes? demanda le calife , que le silence obstiné des trois dames étonnait de plus en plus.
— Hélas ! dit l'homme, cela leur est impossible, et si ces dames veulent le permettre, je vous dirai la cause de leur silence , et en même temps je vous apprendrai les motifs de ce sacrilège dont vous les accusez si durement; vous verrez quk>n ne peut se soustraire à sa destinée, et que le pouvoir des génies et des fées est au-dessus de tout pouvoir humain.
L'étonnement du calife redoublait; il se tournait tour à tour vers les trois silencieuses personnes comme poiup leur demander l'agrément d'entendre leur histoire, et sur un signe d'assentiment de leur pai't, le chanteur (car c'était la voix de son introducteur que le calife avait entendue) commença en ces termes :
LES BANGXRS DE LA MOSlQtK. 105
— Les trois daines que vous voyez devant vous sont muettes, et voilà pourquoi je suis chargé de satisfaire votre curiosité. Toutes trois sont sœurs et filles d*un prince qui habitait rile de Candie : la première se nomme Amina, la seconde Jusana et la troisième Emnèh. Maintenant je vais vous apprendre comment elles sont devenues muettes toutes trois, si vous voulez me prêter un moment d'attention.
HISTOIHa 9B &▲ PlUBanàlUB DAMS mnBTTB.
u Le prince , père de ces trois dames , habitait, comme je vous Fai dit, l'île de Candie, et en gouvernait une partie. Depuis deux ans il avait épousé une princesse belle , riche et aimable, rien ne manquait à son bonheur. Ses sujets l'adoraient, et les poètes de l'Ile célébraient dans leurs vers sa magnificence et sa bonté. Lés fêtes qu'il donnait réalisaient tout ce que l'imagination humaine peut inventer de plus séduisant. Ses jardins étaient les plus beaux du monde, des fruits et des fleurs de toutes sortes y croissaient en abondance. Les métaux les plus précieux enrichis-