‹ Jacques-Philippe Cornuti [microforme]Chapitre 3 sur 3 · D SE · texte numérisé non relu

D SE

[LARLAMME] : JACQUES-PHILIPPE CORNUTI 71

Elle est en même temps plus exacte, vu que, pendant le long espace de plus d’un siècle qui sépare l'impression des œuvres de Cornuti et de Charlevoix, la botanique evait fait des prezrè, sensibles.

ournefort, en France, avait créé une nomenclature reposant, en partie, sur l’idée des familles naturelles, Sarrazin, au Canada, avait été un chercheur aussi zélé qu'heureux. Par conséquent, il n'y a rien d'étonnant si les descriptions du savant jésuite l'emportent sur celles de Cornuti en précision et en importance,

Cependant il ne faudrait pas croire que Charlevoix ait méprisé l'ouvrage de t'ornuti. Au contraire, il le cite à plusieurs reprises, et, très souvent, son texte n’est que la traduction abrégée de celui de son prédécesseur. Il ne l'avoue pas toujours. De fait, l'œuvre de Charlevoix, pour ce qui a trait aux plantes de la Nouvelle-France, n'est guère, lui aussi, qu'une compilation des écrits publiés avant lui. Charlevoix ne paraît pas décrire les plantes d’après des études personnelles. I quelques-unes, on peut certainement dire qu'il ne les a jamais vues,

Ses descriptions sont toutes illustrées de fort jolies gravures sur cuivre. Les deux dernières font seules exception, et l’auteur nous en donne la raison : c’est qu’il n’a pas pu “en trouver la figure ”. Les gravures de Cornuti sont toutes reproduites var Charlevoix, sans que ce dernier juge à propos d'en prévenir le lecteur. Peut-être le fait de les avoir réduites à peu près de moitié était-il regardé par l'historien comme une raison suffisante pour ne pas dire au lecteur quelle en était Vorigine. De plus, Charlevoix n’a pas eu en mains les plaques mêmes de Cornuti, mais il en a fait simplement graver des copies. Ces copies sont ce qu'on pourrait appeler des reproductions-miroirs. Le burin du graveur a tracé sux la plaque métallique la copie exacte des planches de Cornuti, de sorte que la reproduction sur le papier en est inverse. Encore une raison peut-être pour ne pas avouer ces gros emprunts. Tout de même, avec les mœurs littéraires de notre temps, l’idée nous vient tout d’abord de chercher, au bas des pages, une petite note au bénifice de Cornuti: cette note n'existe pas. Les notes sont nulles dans tout l'ouvrage de cet historien. On ne déployait pas dans les livres, au xvine siècle, le formidalie appareil d'érudition qui rend quelques ouvrages de notre temps si difficiles à lire.

Je vous ai exposé consciencieusement l’œuvre de Cornuti. Per. mettez-moi d’ajouter que le soin avec lequel le texte en a été écric, l'art qui se retrouve dans toutes les gravures, assignent à ce livre une place honorable parmi les ouvrages de botanique de son temps. Pour nous, Américoins et Canadiens, ce nous est une réelle jouissance de trouver nos

plantes, celles qu'on pourrait dire de chaque jour, étudiées et décrites dans un livre vieux de près de trois siècles. Les savants d'Europe n’ont peut-être pas fait de Cornuti le cas qu'ils auraient dû en faire, puisque, trente-sept ans après la publication de son ouvrage, il avait fallu en rafaichir le titre pour hâter une vente qui semblait paralysée, Sachons, nous au moins, apprécier son travail et en reconnaître le mérite. Ne craignons même pas d'y ajouter un petit grain de sincère gratitude.

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