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LAFLAMME] JACQUES-PHILIPPE CORNUTI

Les distiques de Guy Patin qui se lisent en tête du livre de Cornuti, méritent une attention spéciale. Nous les citons intégralement:

Multa solo nostro prudens natura negavit,

Omnia nec passim quelibet edit humus.

Quod tamen ex oculis alter subduxerat orbis Nobis humanæ nunce patet artis ope.

Sed postquam ecoticas profert Cornutius herbas. Plus uni debet Gallia tota viro.

Aurum etenim, et gemmas vexit solertia. Nemo Attulit in nostros tam pretiosa lares.

Il était difficile, tout en respectant les limites de la discrétion, de faire un plus brillant éloge de l’auteur. Guy Patin et Cornuti avaient à peu près le même âge et devaient se connaître intimement. Patin avait reçu le bonnet de docteur en médecine de la Faculté de Paris en 1627, une année après Cornuti, et, en 1654, il succédait à Riolan au Collège de France.

I1 était très érudit. Excellent littérateur, il parlait avec mépris de ces ignorants “qui nequidem musas a limine salutaverunt ”. Au reste philosophe à ses heures et sachant envisager les choses telles qu’elles sont. C'est ainsi qu'il écrivait :

Omnia transibunt, nos ibimus, ibitis, ibunt, Ignari, gnari, conditione pari.

Son caractère irascible et vindicatif à l’excès, le brouilla avec presque tous ses contemporains. Ses querelles revêtaient un caractère de méchanceté qui allait jusqu’à l'injustice. Cornuti devait en faire la triste expérience.

I n’y a qu'à lire les lettres de Patin, pour se faire une idée des déplorables dispositions d'esprit de ce bilieux Doctor Medicus. Les apothicaires sont partout les objets de sa verve ; les chirurgiens sont ses victimes de choix. Il n’a pas assez de mépris pour eux, les traitant de laquais bottés et de vulgaires barbitonsores à cause de leur peu de culture littéraire.

C’est de son temps qu’éclata la fameuse querelle de l’antimoine qui divisa en deux camps les médecins d'Europe. Patin fut un des adversaires les plus irréconciliables du nouveau remède. Il dressa ce qu'il appelait méchamment “le martyrologe de l’antimoine”. Il bannit impitoyablement le nouveau remède de la pharmacopée universitaire française, sa position de doyen lui donnant ce privilège: et tous ceux qui osèrent ne pas tenir compte de cet ukase décanal, furent fort maltraités par l’impitoyable professeur. On pourrait presque dire que notre Cornuti en mourut, lui qui, vers la.fin de sa vie, succomba à la tentation de l’antimoine. Une de ses malades était morte deux heures

après avoir pris une dose d'émitique. Patin le cita bruyamment devant la Faculté, mais la maladie empêcha l’infortuné docteur botaniste de comparaître devant ses juges, et quelques jours après, le 28 août 1651, il était mort.

La chicane entre les deux amis de 1634 remonte plus haut: elle commença en 1643. Voici ce que nous lisons à ce propos, dans une lettre de Guy Patin à Chs Spon, datée du 9 mai de cette année : *“ Pour vos médecins qui savent leurrer le peuple, vous n’avez qu’à dire ce que j'ai ouï dire autrefois à un de nos anciens in pari casu; c'était un chevalier de Malte qui avait la petite vérole. Il désirait surtout ne pas perdre le peu de barbe qu’il avait par ce vilain mal. Un des nôtres, qui est le jeune Cornuty, pour le consoler, lui promit d’un opiat qui lui conserverait sa barbe, ou, en cas de nécessité, qui lui en ferait venir d'autre. M. Riolan, l’anatomiste, voyant cet opiat me dit: hic el alibi venditur piper. Ce Cornuty se mêle de leurrer aussi bien que beaucoup d’autres. Son père était de Lyon et a un frère jésuite.” :

À cette peccadille de charlatanisme, assez inoffensive au fond, Cornuty ajouta, au printemps de 1651, le péché bien plus grave de l’émétique. Voyons encore ce qu'en dit Patin dans une lettre à Falconet, du 27 juin 1651.

“Je vous envoie un décret de notre Faculté contre trois des nôtres, qui, spe lucri, s’échappaient de nous, et se laissaient emporter à l’antimoine : cela les a fait rentrer dans le devoir, et si par ci-après ils manquent, nous ne leur manquerons point : on leur appliquera la loi, et l’efficace du décrêt si vivement qu'ils en demeureront chassés : Unius pœna erit aliorum salus. Je ne pense pas qu’ils y retournent de tout mon décanat. Je vous les nommerai particulièrement : ce sont Guénaut, Beda et Cornuty. Si nous l’eussions souffert de ces trois-là, ils en eussent sans doute incontinent attiré d’autres, par la règle Abyssus abyssum invocat.”

Guy Patin se faisait illusion sur le ferme propos de Cornuti, et ce dernier n’était pas aussi sincèrement rentré dans le devoir que le terrible doyen affectait de le dire. En effet, quelques mois après, il y avait récidive. De là, nouvelle citation devant la Faculté, plus solennelle que la première. Nous l'avons dit plus haut, Cornuti mourut avant de recevoir sa sentence et d’être exécuté.

Voyons la touchante oraison funèbre qu'en écrivait Patin à son ami Falconet, le 5 septembre 1651, une huitaine de jours après la mort du docteur à l'antimoine : “ Nous perdîmes la semaine passée deux de nos confrères, savoir, MM. Cornuty et Yon, dont le

1 Le P. Jean Cornuti entra dans la compagnie de Jésus en 1614 et mourut en 1658 ; il ne vint jamais au Canada,

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diaux, de tablettes et de poudres cordiales ; le tout en faveur des apothicaires, dont il recherchait l’amitié per fas et nefas, quoiqu'il füt fort riche. Ce vilain, s'il eût été moins accommodé, serait en quelque

façon plus excusable, s'il peut y avoir quelque excuse à faire du mal à bon escient ; néanmoins, je veux bien qu'il passe, puisqu'un sage ancien à dit: Qui peccat inops, minor est reus. 11 a même pris de la thériaque et de l’antimoine en sa maladie, et ainsi, incidit in foveam quam fecil. Dignus morte perit, qui mortua vivus adorat.”

Ces lettres de Guy Patin sont à peu près les seul document qui nous restent sur la carrière de Cornuti comme médecin. Force nous est d’avouer qu'elles ne le présentent pas sous un jour très favorable. Patin était inexorable pour ceux qui n'avaient pas lavantaze de lui plaire.

Comme botaniste, la description que donne Cornuti des plantes canadiennes nous fait voir un homme qui s’est instruit par des lectures plutôt que par une observation sérieuse et personnelle ; il était ce qu'on pourrait appler un savant de cabinet. Cest dire qu'à l'exemple de tous les savants de son temps, l’enseignement traditionel occupait chez lui la part prépondérante dans les études scientifiques. Mais n'oublions pas qu’alors la méthode expérimentale, l'esprit d'observation et de critique scientifique étaient encore à naître, et ce serait, dans un certain sens, manquer de justice que d'exiger de lui plus que de ses contemporains.

Le latin dont il se sert dans ses descriptions est toujours correct, souvent élégant. Nous en donnerons des exemples lorsque nous parcourerons les espèces qui se trouvent décrites dans son livre, à mesure que nous essayerons de les déterminer. Les gravures nombreuses qu'il a jointes au texte sont des eaux fortes, œuvre de Valet. La plupart sont très bonnes. Mais l’ignorance du graveur sur la structure intime de certaines parties importantes des plantes, de la fleur, par exemple, rend la détermination des espèces de Cornuti souvent difficile, quelquefois même impossible.

Rappelons-nous enfin que Cornuti a écrit son livre à une date où la botanique ne commençait qu’à balbutier, pour ainsi dire si tant est qu'on peut dire qu’elle avait alors un langage vraiment à elle. Lobel, Goupil, Dodoens, pour ne pas parler des plus anciens comme Pline et Théophraste, n’avaient été en réalité que de modestes compilateurs. Au milieu des bonnes choses que renferment leurs ouvrages, on est étonné de rencontrer autant d’enfantillages, voire même d’absurdité. Cornuti a composé son ouvrage cinquante ans avant que Tournefort publiât un premier essai de classification naturelle, et plus de cent ans avant les travaux de Linnée, le créateur de la nomenclature végétale. Son mérite, par conséquent, assez mince si on compare son œuvre avec les publications des savants de nos jours, nous apparaît

Sec. IV., 1901 à.

cependant comme ayant une véritable valeur, lorsqu'on tient compte de la date et du milieu où l’auteur a vécu.

Il nous reste maintenant à étudier de plus près le livre même de Cornuti, afin de mieux en apprécier la valeur et de reconnaître, si possible, les espèces dont il contient la description. C’est une liste longue et, par conséquent, fastidieuse et monotone. Nous en demandons pardon d'avance, mais nous la croyons nécessaire à quiconque veut apprécier équitablement l'ouvrage de Cornuti.

Pour briser la pénible uniformité de ses interminables descriptions, l’auteur en interrompt de temps en temps la série en intercalant des dissertations sur ce que nous pourrions appeler des points de botanique générale. C’est ainsi qu’il traite des plantes diurnes et nocturnes er géneral, de la vivacité des plantes, de leurs parfums ; il essaie de dire pourquoi certaines fleurs s'ouvrent le jour, d’autres la nuit, etc. Dans toutes res pages de botanique pure, Cornuti n’est que le reflet de la science de son temps. Il résume ses devanciers, les citant, les abrégeant, les fondant ensemble, sans faire preuve, maiheureusement, d’un sens critique toujours sûr de lui-même, Cette partie de son livre n’a donc pas d'importance réelle. Nous la laisserons complètement de côté, nous bornant à énumérer, avec quelques remarques, les espèces données par Cornuti comme étant canadiennes. Pour chacunes d'elles, nous donnerons d’abord le nom imposé par le savant docteur, et nous lui juxtaposerons celui de la nomenclature moderne, autant du moins qu'il nous a été possible de le déterminer.

* Filis bacciferar. Aspidium bulbiferum, Swart.

* Adianthum americanum. Adianthum pedalum, L. Cornuti loue hautement l'élégance et la forme de cette fougère. tont en affirmant qu'elle est bien plus belle dans l'Amérique septentrionale que dans le jardin du docteur Robin, où il l'a vue et où son graveur l’a dessinée, Il va jusqu’à dire qu’en Amérique, elle devient tellement grande, que les gens peuvent très facilement se mettre à l'ombre de son feuillage !

* Origanum fislulosum. Monarda coccinea, Mich.

* Eruca maxima canadensis. Impossible à reconnaître. Cornuti la dit plus haute qu’un homme. Ce n’est dune ni un polygonum ni une crucifère, comme le dessin paraîtrait Vi liquer.

* Valeriana urticæfolia flore albo. Eupalorium ageratoïdes, L.

* Valeriana urticæfolia flore violaceo. Probablement l’Eupatorium verlicillatum. Cornuti dit qu’elle ressemble beaucoup à la précédente, sauf la couleur de la fleur qui est violette.

1 L’astérisque indique une espèce illustrée.

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* Asaron canadense. Azarum canadense, L. Excellente tigure, excellente description. Lisez, par exemple ce qu'il dit de la fleur: “ Pro ivre, ab radice prodeunt caliculi plures, quorum viridis color lunguescil. Dum hiant singuli in tres cultratos velut inucrones dissecantur, qui non intro flectuntur, sed in exteriora invertuntur : cujusque floris cavilate delitescit semen acinosum, mordens qustu, fervensque in ore." Difiicile de mieux décrire et dans un latin plus élégant.

Parlant de la racine, il ajoute : “ Aæ singularem vino gratiam adjiciunt, si pinsilæ, linteique nodulo inclus, in cadum musti colentur, lrimestrique spatio mucerentur ante usum. Hac eadem radix mandenlium halilus suaviter inodorat.

” Utramque bilem el pituilum susque deque, veratri modo, ecpuryat.”

À propos de Polygonatum, Cornuti dit qu'aux espèces déjà décrites, il convient d’en ajouter cinq autres qui viennent de la Nouvelle- France et de la Virginie.

* Polygonatum spicatum sterile, a nalali solo Virginianum dici polest, dit notre auteur.

* Polygonatum spicatum fertile, ex America allalum, vigilanti D. VESPASIANI ROBINI cultura, incolume jam aliquot annis servatum. Il nous à été impossible de reconnaître ces deux espèces.

* L'olygonatum racemosum. Smilax racemosa, Desf.

* Polygonatum racemosum flore luleo majus, et flore minus, probablement, nos deux S/replopus, quoique la description du fruit ne cadre guère avec ce que nous en connaissons. Ces deux plantes sont dites venir de la Nouvelle-France.

* Hedysarum triphyllum canadense. lledysarum canadense, L. Envoyées de la Nouvelle-France sous le nom de hachelte (securiculæ) par allusion à la forme des gousses articulées et étranglées. ‘Cornuti, dit Charlevoix, l'estime chaude au premier degré, et sèche au second degré. Il ajoute qu’il a éprouvé qu'elle est un peu purgative ajoutez, dit-il, une once à une médecine ordinaire, elle fait jeter les humeurs mêmes les plus attachées aux ulcères.” Voilà bien la note de la botanique antérieure à Tournefort et Linnée.

* Fumaria siliquosa sempervirens. Dicentra cam isis, D. C.

* Fumaria luberosa insipida. Dicentra cucullaria, D. C., orginaires du Canada, d’après Cornuti.

* Aquilegia pumila præcox canadensis. Aquilegia canadensis, L. Cornuti lui donne ce nom parce que les feuilles, au sortir du bourgeon, ramassent les gouttes de pluie qui tombent à leur surface.

* Aster luteus :'-tus. Erigeron?

* Aster latifolius autumnalis. Aster?

* Panax karpimon, sive racemosa Canadensis. Aralia racemosa,

Signale l’odeur caractéristique de la racine et du fruit.

* Aconitum baccis niveis et rubris. Actea spicala, Big. Cornuti déclare ignorer les propriétés de cette plante; ii ne sait si elle est vénéneuse, comme celle d'Europe. Cependant, il incline à croire qu'’eile l'est moins, surtout la variété à fruits blancs,

* Apocynum majus syriacum erectum. Asclepias Cornuti, L.

* Apocynum minus rectum canadense. Asclepias incarnata, L.

* Edera trifolia canadense. Rhus loxicodendron, L. Il ne imnentionne pas du tout les terribles propriétés toxiques de cette plante. Cependant, il a dû la manier, puisqu'il parle de sa saveur : Sapor adeo languidus est, ut Prope nullus esse dici potest” Autre part il dit : “Succo lurget lacteo dum rumpilur, verum paulo post ita nigrescente, ut atramentum videatur, cujus rei gratia a plerisque habetur pracipuus tingendo capillitio, confectisque ad id lincturis, nuper ad miraculum id prestit.” Nous avons eu la curiosité de lire dans Charlevoix l'article qui est consacré à cette plante, et, à notre grande surprise, nous avons constaté que l'historien, bien qu'écrivant pius d'un siècle après Cornuti, n’était pas plus édifié que le botaniste sur les propriétés toxiques du Ahus loxicodendron. C’est merveille de constater jusqu'à quel point, en ce temps-là, on se contentait de la.science traditionnelle, sans s’occuper de l'enrichir par de nouvelles observations.

L'emploi du sue de l’herbe-à-la-puce comme teinture à cheveux paraît bien étrange,

* Edera quinquefolia canadensis. Probablement notre (lématite.

Trifolium asphalticum canadense. Détermination impossible.

* Millefolia luberosa. Achille millefolium, L.

* Rubus cdoratus. A gardé ce nom.

* Solanum tripiyllum canadense. C'est le Trillium. Cornuti en distingue deux variétés, à fleurs rouges et à äeurs blanches.

* Solidago maxima americana. Evidemment une Solidago, mais indéterminable spécifiquement.

* Pimpinella maxima canadense. Sanguisorba canadensis, L.

* Cerefolium tutifolium canadense, C'erefolium bulbosum, L.

* Aconitum helianthemum canadense. PRudbeckia laciniata, L. Cornuti lui attribue des propriétés dangereuses : % Hominum saluli omnino infensa.”? |

* Vitis laciniatis foliis. Vitis riparia, Mich.

* Thalictrum canadense. Linnée l'a appelé : Thalictrum Cornuti. “Excellent pour faciliter Ja suppuration des blessures.”

* Eupatorium foliis Enulæ. 1essemble beaucoup à l'Eupatorium purpureum, L.

* Bellis ramosa umbellifera, Peut-être un Erijeron, peut-être PHeracleum, si on en croit Charlevoix.

* Angelica lucida canadensis. Archangelica purpurea, Hoff.

LLAFLANNE] JACQUES-PHILIPFE CORNUTI

* Angelica atropurpurea canadensis. Heracleum lanatu

Apios americana. Apios tuberosa, Moench. * Vesp. Robin en avait semé des graines venant de l'Amérique.”

* Calceolus maximus canadensis. Cypripedium acaule, Li.

A la suite de cette énumération, se trouve un appendice dans lequel Cornuti nomme quelques autres plantes américaines, sans les décrire en détail, comme les précédentes. Parmi elles, nous trouvons: Chelidonium majus canadense akaulon. C’est notre Sanguinaire, /lerbatum canudensium seu Panaces moschatum, probablement un Nabalus. Slaliche americana. Toute tentative de détermination est ici impossible. Il n'y a pas de gravure; Cornuti a perdu son graveur, “ qui peregre profectus est”. Il ne nous reste done que le texte, et celui-ci est beaucoup trop vague pour qu'on arrive à une probabilité quelconque.

La dernière plante américaine qui est inscrite au catalogue du savant médecin est Radix Snagroël nolhæ Angliæ. Cornuti n’en a vu que la racine. Il nous la donne comme un élixir pretiosissimus contre la morsure d’un grand serpent venimeux de la Nouvelle-Angleterre. “Ta mort, dit-il, arrive invariablement dans les douze heures qui suivent la blessure faite par ce dangereux reptile, à moins qu’on applique un morceau de cette racine, dans lequel cas, il est inouï que la vie ait couru aucun danger.”

Tous ces détails font penser au Snake root, Sanicula canadensis vu marylandica, d’après Gray. Mais, sur ce point, il est prudent de ne pas affirmer trop catégoriquement, car Britton et Brown mentionnent un grand nombre d’espèces à qui on donne ce nom populaire.

Telle est l’œuvre de Cornuti. Quarante-trois espèces canadiennes décrites, avec gravures, sauf cinq qui ne sont pas illustrées. A ajouter, trente-huit autres espèces, illustrées également et provenant d’autres pays. Sans doute, cet essai de flore canadienne est tout ce qu'il y a de plus incomplet. Cependant, nous croyons qu’il n pas sans mérite.

Au temps de Cornuti, nous ne saurions trop le «ecire, la botanique était encore dans l, période de l'enfance, à l’état embryonnaire. Elle était réduite à n’être, pour ainsi parler, qu’un chapitre de da médecine. Par conséquent, rien d’étonnant si les descriptions de notre savant laissent tant à désirer au point de vue technique. De plus, pour mieux apprécier son œuvre, n'oublions pas que Cornuti n’est jamais venu en Canada, que les plantes qu’il décrit ont été transportées, par graines ou autrement, dans le jardin des Robins. Or il y a tout lieu de croire que ce changement d'habitat avait dû modifier, quelquefois dans une large mesure, l’allure générale de ces émigrées, ce qui rendrait compte, en partie du moins, de linexactitude apparente de quelques-unes de ses descriptions.

A part la Vilis riparia, Cornuti ne décrit pas une seule espèce ligneuse. Les plantes aquatiques où maritimes sont, de même, complètement absentes de son livre.

Pas un seul de nos grands arbres n’y trouve place.

Cest que ces grands arbres, transportés, si l’on veut, en même temps que les plantes herbacées, n'avaient pas encore eu le temps de se développer suffisamment pour qu'on en essayât la description.

A ce propos, si l'on veut se faire une idée de celles de nos espèces ligneuses qui étaient alors connues du public français, il faut s'en rapporter à l'ouvrage du frère Sagard : Voyage au Pays des Hurons. Là nous en trouvons une assez longue

série, y compris plusieurs plantes herbacées, Nous la transcrivons en conservant l'orthographe de Sagard. Le nombre en est assez grand, bien que nous ne puissions pas nous flatter de la reproduire au grand complet. Bluës, Fraisiers, Quatre-temps, Gucule-noire, Pommetes, Noyers, Chataignes, Noisettes, Prunes, Poires (nos petites poires), Framboises, Meures (mures), Groseilles, Vigne, Pommes de terre (apios), Oignons (probablement une Smilar ou la Convallaria), Cèdres, Chênes, Bouleau, Hérables Merisiers, Alti (vraisemblahlement un nom sauvage, Sagard dit que la fibre en sert à faire des cordes et du fil à coudre), Muguet, Chausse-de-tortue (Sarracenia).

En additionnant cette liste de Sagard avec celle de Cornuti, on a une idée de l’état des connaissances en botanique canadienne au commencement du XVIIe siècle. Pour retrouver plus tard des travaux analogues et qui aient antant de mérite, il faut descendre plus de soixante ans, et en arriver, comme nous l'avons dit plus haut, aux célèbres mémoires du docteur Sarrazin. Nous en avons déjà, il y a quelques années, entretenu les membres de la société Royale.

En 1672, John Josselin, Gens ses New England Rarities, donne une longue liste de plantes de la Nouvelle-Angleterre, beaucoup plus développée que celle de Cornuti et de Sagard, et dans laquelle on retrouve un bon nombre de plantes canadiennes. Mais ce n’est qu’une série indigeste de noms vulgaires. A peu près aucune description d’espèces, et les figures, en petit nombre, que contient cet ouvrage sont infiniment inférieures à celles de Cornuti. D’ailleurs, i! y a des erreurs graves et nombreuses dans le livre de Josselin, lequel, par conséquent, n’est à peu près d'aucune utilité au point de vue scientifique. Il faut en dire autant des propriétés médicales qu’il attribue à quelques-unes de ses plantes. La plupart sont de haute fantaisie, quand elles ne sont pas simplement l’écho de croyances populaires absurdes. Celui qui tenterait de les prendre au sérieux serait bien à plaindre.

Pour compléter cette étude sur l'ouvrage de Cornuti, nous croyons devoir dire un mot de la description des plantes de la Nouvelle-France que renferme l’histoire du P. Charlevoix. La liste qui en est donnée par cet historien est beaucoup plus considérable que celle de Cornuti.

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