A L AMBULANCE DU COLLEGE CHAPTAL
Paris, samedi 28 Janvier 1871.
ANS chaque salle se trouvent, toute la journée, des dames qui prodiguent leurs soins à nos r.oldats avec une chaleur d'âme et une persévérance admirables. — La directrice nous a mené au chevet du lit de douleur d'un petit volontaire, né à Caen et âgé de seize ans à peine, presque agonisant, hélas! — et soigné maternellement. Plusieurs de ses camarades, également traités à l'ambulance, ont déclaré qu'il s'était battu « comme un lion » ! En regardant cette jeune figure pâlie, si intel-
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ligente, si sympathique, éclairée par de grands yeux noirs, qui, en présence de l'ennemi, devaient lancer des flammes! — nous nous sommes pris soudain à songer, le cœur serré, à la dernière invocation du poème des Martyrs: « La jeunesse » est une chose charmante; elle part au commen- » cément de la vie, couronnée de fleurs, comme » la flotte Athénienne pour aller conquérir la » Sicile... » Pauvre enfant enthousiaste, tu partais, toi, pour aider à la délivrance de ta patrie! Tu donnais, sans compter, à ton pays en deuil, tes trésors d'espérance ; ton âme, ardente et ingénue, ne connaissait pas l'hésitation; malgré ta famille anxieuse, tu courais au danger, plein de foi et d'indomptable courage! Cher héros obscur, fasse Dieu qu'à défaut de cette gloire bruyante que tu ne cherchais pas, la santé te revienne bientôt ! Qu'il perm^ette que, du moins, le sourire des riantes illusions erre encore sur tes lèvres aujourd'hui décolorées, et que le doux rayon d'Avril brille de nouveau dans tes yeux limpides.
Mais, hélas! personne ici n'ose plus l'espérer! Non, il faudrait un miracle... Dans quelques heures, sans doute, tout sera fini; ce regard déjà voilé va s'éteindre, et ta pauvre mère ne te reverra qu'au ciel!
O sainte et fière jeunesse, on ne saurait trop admirer ton noble dévouement; fidèle au devoir,
tu t'es jetée, impétueuse, dans les bras de la Mort, à l'heure des beaux rêves d'avenir, et la France se souviendra toujours avec reconnaissance de tes
efforts généreux!...
Comme nous nous penchions, agitant ces pensées, vers ce brave enfant épuisé par la souffrance, il nous regarda tristement et murmura :
« J'aimerais bien à vivre encore! »
Une heure plus tard, il expirait.
Notre volume sincère sur les Amlmlances de Paris pendant le Siège, — publié, d'abord, par chapitres, dans Paris-Journal, — nous a valu beaucoup de charmantes lettres, assurément bien précieuses. En voici deux, qui offrent un intérêt tout spécial, à cause des signatures :
« 8 Novembre (1871).
» J'ai ht tout de suite, mon cordial et cher confrère, les deux éloquents chapitres... Je vous remercie. Vous ave:( bien fait de faire ce livre. Ce sera une page touchante
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parmi les pages sanglantes de ce grand siège de Paris, qui sera la gloire de la France et la honte de la Prusse.
» A bientôt. Je vous serre la main.
» VicxroR Hugo. »
(Sans date.
« Vous êtes bien, cher Monsieur, le plus charmant ami, et le plus indulgent de tous les hommes.
» Votre lettre m'a fait un infini plaisir ; d'autant plus que je me sentais en faute vis-à-vis de vous. J'avais non pas oublié, mais retardé de vous remercier pour votre aimable envoi.
» J'ai fait relier ce petit volume plein de souvenirs émouvants, et je compte le laisser à mon fils; car c'est ma Croix d'honneur à moi.
» Je suis heureuse d'avoir réussi dans Ruy Blas, et je vous suis, cher Monsieur, infiniment reconnaissante de votre charmante lettre.
» Sarah Bernhardt. »
L'admirable artiste avait fondé, avec le concours de quelques amis, et dirigé pendant toute la d-urée de l'investissement, une ambulance au théâtre de l'Odéon, très importante et organisée à merveille.
Le dévouement infatigable de M^^e Sarah Bernhardt méritait les plus grands éloges, et nous lui avons simplement rendu justice.
Voici les noms de quelques-unes des personnes qui nous ont adressé de vives félicitations, à propos de notre livre :
Mmes Thiers, la duchesse de Riario-Sforza (sœur de Berryer), la baronne James de Rothschild, L. de Fontenelles, la marquise de SafFray, la comtesse Dash, Marie Favart, de la Comédie-Française, etc.; et MM. Cuvillier-Fleury, Patin, François Coppée, Edouard Fournier, Jules Claretie, le comte de Chevigné, Arsène Houssaye, Charles Monselet, Giacomelli, Julien Travers, J. Hetzel (P.-J. Stahl), Ch. Deulin, le baron Ernouf, l'amiral Maudet, Léouzon-Leduc, Armand Gouzien, Jules Levallois, Paul Fould, le colonel Staaflf; les docteurs Ricord, Blanche, Monod, Chanet, Marvaud, Decaisne, Walther, médecin en chef de la marine. Chenu, directeur général des Ambulances de la Sociét é internationale de secours aux blessés, etc.
Toute la Presse se montra on ne peut plus favorable à l'ouvrage. — Nous nous souvenons, particulièrement, avec une émotion reconnaissante, du superbe article, très étendu, pubhé par notre cher maître Jules Janin, dans le Journal des Débats; de l'éloquent chapitre de M. de Pontmartin : Nos Consolateurs (tome viii de ses Nouveaux Samedis)^ et de l'excellente étude de Charles Louandre, dans la Revue des Deux- Mondes,