LA MARQUISE
N dit que tout s'efFace; on prétend que tout fuit; Que l'amour flambe une heure et s'éteint dans la nuit; Que l'oubli glacial nous couvre de sa neige. On dit que l'espoir même est mort en un instant, Que la douleur tuera celui qui va chantant, Et qu'un brevet de gloire est un vain privilège !
Hélas! quoi de plus vrai? Cependant, quelques noms Étincellent encor : Socrates et Ninons, Symboles de sagesse ou d'indicible grâce; On cite des héros, des reines, des savants. Des poètes heureux, des artistes fervents. Appelés à durer, sur la Terre « où tout passe ».
C'est justice. Le Temps, ce grand faucheur jaloux, Vieillard sourd et cruel, que Ton prie à genoux, Ne peut nous arracher tout ce qui fut le charme ; Des francs parfums il reste au moins le souvenir : L'indulgente bonté, qui se faisait bénir. Mérite qu'on lui donne un regret, une larme !
Et l'esprit, qui console et réchauffe le cœur, Ne doit-il obtenir qu'un froid dédain moqueur Pour son œuvre vécue, ou naïve ou puissante ? D'admirer l'Idéal ne soyons jamais las ! Rajeunis, enivrés, des roses plein les bras, Chercho»s les rayons purs et l'onde jaillissante.
La Marquise
M. d Aubépine del. 8r se
Liseux Ed.
Imp, A. SaJmon,
O Marquise ! les fiers et séduisants portraits, Dont votre plume alerte esquissa tous les traits, Conservent leur éclat en dépit des années ; Que de vifs à-propos, que d'aperçus piquants, De récits animés, spirituels^ éloquents.
Dans ces lettres qui sont des perles égrenées !
Nul n'a su mieux rêver, causer, peindre, charmer; Et votre art se résume en un seul mot : Aimer. On ne se lasse point de ces grâces légères; La raison, l'enjouement, le bon goût, l'intérêt, Chez vous, tout cela règne et brille sans apprêt, Divine Sévigné, la plus tendre des mères !
Château des Rochers, 23 Juin 1882.