‹ JadisChapitre 31 sur 64 · MATINÉE A IRUN · texte numérisé non relu

MATINÉE A IRUN

I i E curé vient de dire une messe en plein air. Prés de sa pauvre église, à la voûte effondrée ; L'autel est une table anciennement dorée : La Vierge y resplendit sur un fond d'outremer.

Le crucifix d'argent par instants étincelle. Et des gerbes de lis répandent un parfum Qui, grisant doucement les dévotes d'Irun, Les oblige à dormir, en dépit de leur zèle.

Appuyant sur son front un débris d'éventail. Mainte vieille, en haillons, marmotte une prière, A genoux sur le sol, dans l'angle du portail Où, sans tête ni bras, se dresse un saint de pierre.

Le sacristain s'en va, traînant les pieds, courbé, A grand'peine portant quatre chaises boiteuses ; Une duègne, à voix basse, interroge un abbé; Le suisse, très râpé, reconduit les quêteuses.

Sur la place rustique, une troupe d'enfants Croque des fruits véreux, s'agite, se dispute; L'un cogne son voisin, l'autre fait la culbute, Et l'on est assourdi par des cris triomphants.

A deux pas, le marché se tient sous les platanes. Dans de vastes paniers s'entassent giraumons. Pastèques à chair rose, aubergines, limons, Que vendent à bas prix de brunes paysannes.

A l'écart, sur un banc, et des fleurs à la main. S'assied une fillette à la mine rieuse, Qui me tend, quand je passe, un bouquet de jasmin, En demandant un sou, câline et radieuse.

Sa robe est bien fanée et son fichu bien vieux ; Qu'importe! l'on croit voir une petite reine: Son teint mat, et, surtout, l'éclat de ses grands yeux, Lui donnent une grâce infinie et sereine.

« Comment t'appelles-tu ? (Nul ne me redira Ton nom qui signifie : adorable innocence. Pauvreté, poésie, heureuse insouciance...) » — L'enfant rit et répond : « Assumption Fera. »

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