LA MORTE
JLy EUX enfants prés du lit se sont agenouillés. Sur la table, le buis trempe dans l'eau bénite, Devant un crucifix, — et la garde hypocrite L'indique aux visiteurs, avec des yeux mouillés.
Un drap de fine toile a voilé le cadavre ; Sa forme vaguement apparaît sous les fleurs Dont l'aïeule a couvert, tremblante et tout en pleurs, Le corps de l'adorée. Et son désespoir navre!
Pourquoi donc ces sanglots ? Pourquoi ces orphelins ? Pourquoi la mort livide où la joie était reine ? L'âme répond : « Souffrir est la loi souveraine, Et l'horrible douleur mène aux espoirs divins ! »
UILE ENCHANTEE
A ACHILLE MILLIEN
JYL A grand' mérC;, autrefois, filant sa quenouillée, Nous parlait longuement d'un monde merveilleux. Où des sylphes dansaient, le soir, sous la feuillée ; Où tout était plaisir pour l'âme et pour les yeux.
La haine, assurait-elle, en fut toujours bannie. Et le mensonge aussi. — Se couronnant de fleurs. Sous un ciel azuré, chacun passait sa vie A chanter, à rêver, ignorant les douleurs.
On croyait à l'amour, et Ton s'en faisait gloire : Les cœurs épanouis battaient à l'unisson. Chez ce peuple béni, — qui n'avait pas d'histoire, L'égoïsme impassible eût donné le frisson !
La douce paix régnait, féconde et radieuse : On n'enviait personne, on se prêtait appui; Dans les bois verdoyants courait, franche et rieuse, La jeunesse, — narguant le pâle et morne ennui...
Cet étrange pays était bien loin du nôtre. O naïfs, ô charmeurs! qu'êtes-vous devenus? On aurait beau chercher, hélas! d'un pôle à l'autre. Nul ne découvrirait tant d'heureux ingénus!
Triste réalité! — Les récits qui, naguère. Me tenaient éveillé, si tard, sont fabuleux. — Le bonheur sans mélange est donc une chimère ?. . . Que je voudrais entendre encor ces contes bleus!