LA GLYCINE
J E me souviens qu'à la porte D'une maison que j'aimais, La glycine, souple et torte, S'arrondissait comme un dais;
Et ses fleurs, d'un lilas tendre, Au premier rayon d'Avril, En foule venaient répandre Leur parfum doux et subtil.
De ces grappes opulentes Rien n'égalait la fraîcheur :
Que d'abeilles vigilantes Les pillaient avec ardeur !
Puis, une frondaison verte Couvrant ce dôme fleuri, Le chat, à la moindre alerte, Y grimpait, sûr d'un abri.
Les branches, très curieuses, Se glissaient dans le logis.
Semblant fiéres et joyeuses D'habiter ce paradis,
OÙ la jeunesse et la grâce Jasaient, du matin au soir, Sans souci du temps qui passe Et ne croyant qu'à l'espoir.
Combien de projets, de rêves, Sous la glycine sont nés!
Que les heures étaient brèves.
Et les aveux spontanés !
O ma Muse ! que de rimes Voltigeaient en ce séjour, Plein de vrais bonheurs intimes, Faits de soleil et d'amour!
Fuyant les esprits moroses Et le cynisme moqueur.
Je respire encor vos roses, Exquises fêtes du cœur!...
La glycine, svelte et forte.
S'arrondissait comme un dais, Cachant à demi la porte D'une maison que j'aimais.