‹ JadisChapitre 49 sur 64 · PROGRÈS · texte numérisé non relu

PROGRÈS

I jA prose étouffera les vers!

Pourquoi rimer ? C'est un travers,

Une manie; O Muse, éprise des grands bois.

Des sources, des airs villageois,

Sois donc bannie !

Lyre et pipeaux sont vermoulus.

Les tendres élans, au surplus.

Les rêveries.

Semblent des thèmes bien fanés :

Adieu, rondeaux; adieu, sonnets

Et bergeries.

C'est se montrer par trop naïf De savourer le vieux Baïf,

En pleine idylle :

Sous le frais cytise odorant.

Au bord d'un ruisseau murmurant.

Loin de la ville !

A quoi bon chanter les oiseaux.

Le chêne, les souples roseaux,

Les amoureuses?

A quoi bon parler des autans, D'un chaud rayon, du gai printemps,

Des tubéreuses ?

Célébrer le retour d'Avril, Ou d'un enfant le doux babil,

Quelle folie !

Qui voudrait évoquer les jours Remplis par les jeunes amours?...

Le sage oublie.

Qui songe encore au ciel d'azur, A la brise, au lis blanc, si pur ?

Dans la rosée.

Qui donc cueillera le jasmin.

Dés l'aube, en tenant par la main Son épousée?

Tout paraît banal à présent , Seul, le scandale est amusant :

Rien ne l'arrête !

On raille vertus, lois, devoirs, Foi vive, aveux, serments, espoirs,

Et joie honnête.

L'Idéal n'est plus de saison.

Point de lumineux horizon,

Ni de chimère ; Le Doute a glacé les esprits; Maintenant, les Dieux sont proscrits

On rit d'Homère.

Pauvres poètes arriérés, Écoutez les gens affairés,

Et, vite, en course !

Dédaigneux des soleils couchants, Il ne faut plus aller aux champs,

Mais à la Bourse.

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