LA COTE SAUVAGE
oùCHÉs sur le sable nacré, Nous regardons les coccinelles Qui grimpent, d'un air affairé.
Le long des tiges d'immortelles.
Devant nos yeux l'immensité :
La mer et le ciel sans nuage.
Le soleil ardent de l'été Desséche l'herbe du rivage.
Calme absolu. Sur l'Océan Pas la moindre ride à cette heure ; L'oiseau, reprenant son élan, De l'aile par instants l'effleure.
Sur les dunes, le chardon nain, Aux feuilles d'un bleu métallique, Semble garder du dernier grain Le souvenir mélancolique.
La côte aride est sans pêcheurs; On n'y découvre aucun village :
Point de clocher, point de faucheurs.
Point de troupeaux ni d'attelage.
Partout, dans ce morne désert.
Des monticules et des plaines ; Le gravier brûle; rien n'est vert Qu'un bouquet de pins et de chênes.
Ceint de hauts rochers noirs et gris.
Un gouffre sinistre bouillonne ; Sur le sol gisent des débris Qu'une mousse pâle festonne.
Au reflux, de nombreux récifs Se hérissent, prêts aux morsures ; Parfois, en bâillant, des oisifs Y vont déchirer leurs chaussures.
Mais tout rayonne. En un tel jour
Qui songerait à la tempête.
Au cruel départ sans retour.
Aux vents, aux flots que rien n'arrête ?
Hélas! un squelette ensablé:
La coque d'un pauvre navire Nous a lugubrement parlé Des horreurs de Tobscur martyre.
Nous avons entendu soudain.
Dans l'ombre, les cris de détresse, La manoeuvre, hurlée en vain.
Le vœu, la suprême promesse
D'aller, un cierge en main, pieds nus, Honorer la céleste Mère...
Ces vaillants, les a-t-on revus ?
Ont-ils des algues pour suaire ?
Terre-Nègre (près Royan).