‹ Jadis et aujourd'huiChapitre 21 sur 26 · EN · texte numérisé non relu

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A quoi pensent les sauveurs de la République ? Des conspirateurs s'agitent devant leurs yeux ; ils s'empressent et se comptent; ils portent en leurs mains, d'une façon ostensible, des signes de ralliement ; ils se précipitent en foule vers des rendezvous qu'ils se sont mystérieusement donnés et l'on n'a pas encore arrêté, incarcéré, menotte et mensuré les chefs du complot? Vrai ! L'on se croirait dans ce Midi où toute rébellion paraît licite, où le refus de l'impôt est légitime, où l'insurrection des municipalités a semblé légale et où, pourvu qu'on se déclare radical et socialiste, l'on a le droit de proclamer même qu'on n'est point Français. Mais ici c'est un complot bien plus grave, qui bien plus profondément attaque la République et qui sape les fondements du Rloc ; on ne célèbre point ici le culte du vin, on ne lève point des armées pour sa défense, an ne réclame point d'inscription au tableau de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, affiché dans toutes les écoles, du droit

primordial d'alcooliser ses frères... On célèbre le culte des morts, crime inexpiable I

Il convient d'être logique : il n'y a guère plus d'un mois, les employés de l'Enregistrement ont accompli sur les morts chrétiens le cambriolage que leur commandait le ministre des Finances. Ils sont venus dans chaque église, ils se sont introduits dans chaque sacristie ; ils ont ouvert l'armoire où les fabriciens déposaient les titres des fondations ; ils ont emporté ces titres dontà présenties revenus iront on ne sait à qui. Cela fut fait sans bruit et l'on n'en écrivit rien sur les journaux. Les morts sont, piar décret, destitués des prières dites par un prêtre. Ils furent superstitieux de leur vivant, et la République, amie des lumières, s'efforce de les régénérer ; ils prétendireni à l'immortalité que leur assurait leur foi ; par là, ils attentaient au monopole que l'État s'arroge par des lois votées par les deux Chambres et sanctionnées par le pouvoir exécutif : l'État aie monopole dedistribuerlimmortalité, comme de vendre du tabac, de fabriquer des allumettes et de donner l'enseignement. Comment donc se trouve-t-il des citoyens assez osés pour honorer des morts que le gouvernement n'a pas estampillés, pour orner de fleurs des tombes qui ne furent point laïcisées, pour commémorer des mémoires qui ne sont pas républicaines? Sans

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doute, a-t-on soin d'interdire que, dans Paris, des factieux s'avisent de déposer des couronnes sur les jpiédestaux des monuments que jadis la reconnaissance publique érigea à des héros qui n'étaient point républicains. Que des fidèles s'avisent de suspendre des guirlandes aux aigles de bronze qui veillent aux pieds du stylite solitaire ; qu'ils s'avisent de célébrer le Béarnais ou de rendre un culte pieux à la vierge de Domremy, vite, les travailleurs municipaux, sortant de leur oisiveté bénie, s'empressent pour s'emparer des fleurs manifestantes et les policiers pourchassent ceux qui les portent ; mais dans les cimetières règne encore une licence offensante. On s'y donne le droit de prier pour les morts ! On s'y arroge d'y déposer sur des tombes des couronnes et même des croix î On y inscrit sur le bois, la pierre ou le marbre des paroles criminelles : Priez pour lui ! De profundis! des mots qui sentent la superstition et qu'un peuple éclairé ne saurait tolérer. On y a démoli les croix et les calvaires aux pieds desquels venaient s'agenouiller ceux dont les morts, perdus dans les fosses communes, disparus dans les ossaires, éparpillés dans les catacombes, n'étaient plus que d'indécises images auxquelles il semblait que la prière rendait la couleur et la vie. On les a remplacés par des monuments philosophiques, que les connaisseur peuvent admirer, mais devant lesquels nul être jamais n'éprouvera une émotion, ne sentira, ne réalisera ceux qu'il aima et qui ont disparu. Repré-

senter des êtres de tous les âges, qui passent une porte donnant sur l'inconnu, et qui s'enfoncent dans la terre, autant vaut la statue du Sommeil que préconisait le citoyen Anaxagonis Chaumette et au pied de laquelle il proposa de graver cette inscription :

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