II AU LECTEUR
certaines mines que je n'ai pas encore eu le loisir d'exploiter, se sont ainsi ouvertes devant moi. J'ai été ébloui de ce qu'elles renferment de trésors. L'histoire de France, durant l'Empire et les premières années de !a Restauration, n'est que 1res peu dans les archivas publiques. Les éléments en sont pour la plupart restés aux mains des particuliers qui, souvent, faute de points de rapprochement et de données précises, ignorent ce qu'ils possèdent et ne se doutent point de quels secours seraient à l'histoire générale des papiers qui, n'émanant point de personnages en vue, n'ont point la valeur marchande des autographes, ne seraient donc point d'un trafic utile, mais qui, précisant certains points, apportant un témoignage oculaire, déterminant une dépense ou une recette, éclairent soudain tout un côté resté obscur et sont essentiels à la connaissance d'une époque. Les comptes et les états de personnel, les papiers d'affaires sont là base nécessaire de toute investigation sur un individu, sur un fait et sur un temps. L'argent sert à tout, répond à tout, paie tout. A côté, les lettres intimes à date certaine, le^ lettres écrites sur l'instant, chaudes de passion, affamées de lucre, dévorées de haine, les lettres irréfléchies où l'âme se déshabille et se montre à nu ; après, les récits, c'est-à-dire le plaidoyer et le mensonge intéressé — souvent inconscient, car celui qui écrit, outre par l'intérêt, peut être dominé par une sorte de délire ; et, seulement alors, après
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tous ces éléments, la vérité. ofQcielle, celle qu'on expose aux parlements et qu'on imprime dans les livres jaunes.
Ce n'est pas qu'il ne faille prendre des archives publiques, tout ce qu'ion peut, mais toujours sous bénéfice d'inventaire. Il peut s'y rencontrer des lettres, des comptes, des décrets, des rapports policiers ; cela est bon : mais de ce qu'un document sort d'archives publiques, ce n'est pas une raison pour qu'il faille y attacher une importance majeure. II ne vaut ni plus ni moins qu'un autre qui est authentique. Sans doute y a-t-il des légendes sur les faux papiers; seuls les niais et les ignorants s'y laissent prendre. D'ailleurs, on peut fabriquer un autographe pour le vendre cher, on ne fabrique pas des comptes. De même que dans les archives ou dans les collections privées, on peut à un moment trouver dans les archives publiques, la pièce révélatrice, celle qui arrive juste à point pour boucler le raisonnement et pour déterminer la conviction, mais, le plus souvent, elle y a été laissée par mégarde ou par erreur et, par contre, combien de fois les pièces d'archives fourvoient et donnent le change. Les policiers, outre leurs involontaires erreurs, aiment à conter des histoires. Elles garnissent le papier, excitent la curiosité et rapportent de r argent.
Voilà donc une partie des articles contenus en ce volume : des détails d'histoire qui ne pouvaient trouver place dans mes livres, des curiosités que de