‹ Jadis et aujourd'huiChapitre 4 sur 26 · IV AU LECTEUR · texte numérisé non relu

IV AU LECTEUR

vieux papiers m'ont entraîné à satisfaire, du Jadis tout pur et qui n'a point de rapport à Aujourd'hui. Mais il va justement cet ^i/;oz/rûf7ii«. Je croyais bien être revenu pour jamais à l'histoire dans sa sérénité objective ; retiré depuis vingt ans de la lutte des partis, je ne pensais point avoir à m'y mêler de nouveau. J'avais destiné à étudier la figure et l'œuvre de l'Empereur, à expliquer et, si je le pouvais, à glorifier par la vérité ses institutions, les années qui me restaient à vivre : mais j'ai vu de tous côtés, attaquer l'édifice qui, seul debout parmi tant de ruines, atteste la grandeur ancienne et la splendeur delà nation; j'ai vu dévaster, une à une, les salles que, dans ce temple, Celui par qui nous vivons et nous sommes, avait consacrées à l'Honneur, à la Justice, à la Religion ; j'ai vu des bandits descendre dans les caves, piller le trésor de guerre et jeter aux vents du ciel le patrimoine national; j'ai vu cette société qu'il avait restaurée* s'émietter, se dissoudre, se ruer à des vices dont la bestialité épouvante et dont l'ignominie appelle le châtiment; j'ai vu s'effondrer la famille ; j'ai vu les instituteurs publics se transformer en apôtres du pacifisme et de la lâcheté; j'ai vu la délation devenir le ressort d'un gouvernement occulte, dont le gouvernement officiel est le complice et l'esclave ; j'ai vu l'armée, en proie à ces deux grandes contagions, l'arrivisme et la peur, déserter sa mission de préparation militaire, pour remplir sans honte des bas offices policiers; j'ai vu les désastres pré-

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sents et les catastrophes prochaines : anarchie et déliquescence à Fintérieur, abaissement et servitude au dehors, peut-être le dépècement du territoire succédant à une révolution sanglante qui sera le triomphe momentané des appétits déchaînés; peut-être l'abolition raisonnée de toute civilisation, l'instauration d'une tyrannie collectiviste à laquelle succédera l'horreur d'une guerre où nul ne tentera même de sauver l'hon-r neur.

Malgré moi, et en dépit de moi-même, je me suis trouvé porté de ces régions où mon esprit se plaisait à rechercher les êtres et les choses du passé, vers celles où s'agitent dans leur bruyante ineptie les êtres qui font et défont les lois, et, comme des enfants stupides et méchants, s'amusent à briser la France pour voir ce qu'il y a dedans. Le parallèle s'imposait, la comparaison m'étreignait; j'avais à défendre mes autels et mes dieux. Hélas ! Que peut une voix perdue dans les tumultes ! Que peut pour la lutte un vieil homme pensif et triste égaré dans ce monde d'à présent, comme dans une forêt immense et sombre ? D'armes, je n'en ai pas même, je suis d'un parti vaincu et pauvre qui cherche en vain ses chefs et dont on ne sait plus même s'il existe.

Pourtant, je le sens bien, moi, qu'il vit et qu'il tressaille ! Je le sens bien qu'il a en lui la seule doctrine qui soit nationale et qui soit française ! Qu'on prononce Sonnom, qu'on évoque Samémoire,

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