‹ JadisChapitre 4 sur 17 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

J'ai recueilli dans ce volume et je présente au public quelques-uns des articles que, depuis vingt ans et plus, j'ai dispersés dans des revues et des journaux.

A l'heure où Ton a terminé la montée de sa vie et où Ton se croit encore sur le plateau, l'on a quelque joie à se détourner vers la route parcourue, à la revoir avec ses coudes, ses sinuosités, les boqueteaux où l'on se reposa, les sources fraiches où Ton désaltéra ses soifs juvéniles, puis à envisager la ligne droite au grand soleil qu'on parcourut d'un pas relevé, sur laquelle on marche encore et qui, sans fléchir, se perd dans l'horizon.

A l'unité de la conduite correspond l'unité des idées. Je souhaiterais que, dans ces morceaux détachés, l'on retrouvât le fil conducteur que j'ai suivi. Les sujets que j'ai abordés sont divers ; les uns se rattachent à des études professionnelles que j'ai dû abandonner lorsque j'ai quitté, après

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quinze années de service, le ministère des Affaires étrangères où je croyais ma vie fixée, — ainsi les Jeunes de langues que je publiai en 1881 dans le Correspondant ; d'autres sont des amorces, des essais préliminaires pour des travaux plus amples dont tous les matériaux assemblés attendent des heures de loisir — ainsi divers morceaux sur la société de l'ancien régime parus en 1883, dans le Gaulois ou l'étude sur le Déisme pendant la Révolution, parue en 1886, dans Les Lettres et les Arts; les derniers se rattachent à l'œuvre que j'ai entreprise depuis 1889 et n'en sont que des fragments imprimés dans le Temps, le Gaulois, la Gazette des Beaux Arts, la Vie contemporaine, Figaro illustré et des revues américaines.

En tous, je me flatte que l'on trouvera les mêmes procédés d'investigation, la même sincérité et un souci pareil de la vérité. Si certains ont un air d'actualité, ce n'est point que je l'aie cherché et c'est pourquoi j'ai tenu à marquer les dates à laquelle ils ont été composés. J'aurais pu, à l'aide de travaux plus récents, les compléter ou en augmenter les pages. Il me plaît mieux de constater que j'ai été le premier à aborder certains sujets et, si mes conclusions diffèrent de celles qui furent dernièrement proposées, je n'estime pas, après réflexion, que j'aie à y changer quoi que ce soit.

A ces pages d'histoire peut-être en joindrai-je d'autres plus tard, et aussi des pages d'art ou de

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littérature dispersées un peu partout; mais je ne prendrai rien de la politique à laquelle je fus ardemment mêlé de 1871 à 1890, et des milliers de lignes que jai publiées dans des brochures , dans la Presse, l'Ordre, la Patrie, le Napoléon, le Peuple ; j'ai tiré là bien des coups de fusil. Ce furent des balles perdues. A quoi bon les ramasser?

Ce n'est point que je pense à renier des opinions qui, ayant été l'espérance de ma jeunesse, demeurent la consolation de mon âge mûr. On a dit qu'il n'y a que les sols qui ne changent pas. Je mets mon orgueil à être un sot de cette espèce. Il se trouvera toujours assez' de gens d'esprit en France.

Clos des Fées, Novembre 190i.

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