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GRÉGOIRE LE ROY

BRUXELLES Er PARIS 4 LiBRAIRIE NATIONALE D'ART ET D'HISTOIRE G. VAN OEST & Ci, ÉDiTEURs

IMPRIMERIE J.-E. BUSCHMANN ANVERS

»b notis31lo0

LE SALON BOURGEOIS (188r).

Collection de M. H. Zunz, Bruxelles.

NOTE DE EAUMEUR

Une bonne critique de son œuvre est le plus beau monument qu'on puisse élever à la gloire d’un artiste.

Maurice Maeterlinck.

Si la mort brutale n’en avait décidé autrement, c’est Emile Verhaeren qui, de son nom autorisé, eût signé ce livre. Nul n'était mieux à même de compléter le remarquable essai (1) qu'il avait écrit sur James Ensor ; nul, plus que James Ensor, n'était digne d’être définitivement loué pour son génie intuitif et spontané.

Le sort ne l’a pas voulu et l’entreprise d’une nouvelle monographie serait téméraire et périlleuse, si nous ne savions à notre portée le secours constant et éclairé de la pensée du poète.

L'ouvrage de Verhaeren est épuisé. Ce sera donc une précieuse leçon pour ceux qui ne l'ont point lu et une joie renouvelée pour les autres, de retrouver son opinion et son jugement, grâce à de fréquents et larges emprunts.

D'autre part nous ne négligerons pas de faire connaître les appréciations des esprits compétents qui ont tenu à rendre hommage et justice à

la personnalité si spéciale, si complexe, si exceptionnelle de James Ensor.

(x) James Ensor, par Emile Verhaeren. 1908. G. Van Oest & Cie, — Bruxelles.

Si, dès cette première page, nous appelons l'attention sur le caractère exceptionnel de son génie, c'est qu’il ne s’agit point d'en aborder l'étude, le cœur froid et l'esprit uniquement guidé par le raisonnement d'une critique ordinaire, lequel peut suffire le plus souvent, mais ne saurait tout comprendre et expliquer quand il est question d'un créateur de beauté aussi anormal que James Ensor. Sans le don d'admiration dont parle le poète — n'est-elle pas de lui, cette belle parole, ce cri jailli du cœur : Admirez-vous les uns, les autres ! — sans le feu sacré de l'enthousiasme qui, seul, peut donner au lyrisme plastique d’un James Ensor son entière signification, on pourra peut-être pénétrer le sens d'une fraction de son œuvre, la plus directe, on n'ira pas au delà, et toute une partie, la plus curieuse, la plus étrange, la plus profondément personnelle et artiste, restera inaccessible aux esprits incapables d'élan, aux jugements que comprime le seul sens des possibilités médiocres.

Cet enthousiasme, sorte d'ivresse sacrée, n'est d’ailleurs point exclusive de raison et de saine critique ; il n’est que la lumière adjuvante par quoi s'éclaire le sens caché, mystérieux, le côté obscur de l'œuvre d'art, en un mot ce qui n'est pas exprimé et qui, immalériel et

supérieur, en constitue cependant, comme le dit Gauguin, l'essentiel.

Il en est qui s’étonnent de l'attention toujours plus grande accordée aux œuvres d'Ensor et du nombre sans cesse accru des écrits sur son art. C'est qu'ils ignorent l'influence qu'il exerça sur notre école de peinture et qu'ils oublient qu'aucune louange tardive ne compensera les avanies et les injustices dont l'artiste fut abreuvé.

D'ailleurs, quoi qu'on dise ou écrive, il-est à craindre — d'autres diraient à souhaiter — que James Ensor ne soit jamais entièrement compris que d’une élite extrêmement rare, qu'il ne devienne jamais un de ces peintres goûtés et populaires, comme le sont, par exemple, les petits maîtres “hollandais, dont la vision: simple et directe peut être

Photo P. Becker, Bruxelles.

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