‹ James EnsorChapitre 20 sur 62 · AND AR · texte numérisé non relu

AND AR

La poupée (1884).

Crayon.

Verwée et Laermans.

« Le jour de l'ouverture», dit Ensor, «tandis que le Roi regardait

» avec intérêt des paysans navrés de Laermans, M. Stevens, accourant

» inquiet, lui dit : «L'auteur de ce tableau est sourd-muet, il est

» fâcheux qu'il ne soit pas aveugle ; il ne pourrait faire peinture

» aussi mauvaise ».

Cette pointe qui ne voulait être que spirituelle fut avant tout une inconvenance et une cruauté.

A. Stevens était glorieux, riche, influent, presque tout-puissant ; Laermans était jeune — comme Ensor — et débutait à peine. Par dessus tout Ensor avait le respect de la sincérité et de l'effort et aurait passé sur une erreur ou une faiblesse, pour autant qu'elles fussent rachetées par la personnalité. Il rentra chez lui et traça les lignes qu'on lira.

Était-il injuste ? Il prétend que non. Entre les jeunes et A. Stevens les forces étaient inégales. La notoriété, les honneurs, les influences de celui-ci pesaient si lourdement dans la balance de la gloire, que, pour rétablir l'équilibre, il fallait frapper fort, lancer un coup de pied d'importance, tel qu'il ferait remonter le plateau trop chargé.

Voilà l'histoire de cette page acerbe, de ce pamphlet véhément. Elle donne la mesure à laquelle il faut évaluer les attaques dont tous les

écrits — et sans doute aussi l’œuvre plastique — d’Ensor sont émaillés.

1894 ! C'est le moment où Ensor a derrière lui déjà toute une vie abreuvée de misères morales, d’incompréhensions, de dénis de justice. Il est loin le pierrot casseur de vitres à la Manet, et les vitres cassées par son art lui sont tombées sur la tête, sans attirer sur lui l'attention publique.

Certes, il n'a pas renoncé au combat, mais peut-être se sent-il un peu las et faut-il le coup de fouet d’une colère pour le redresser en posture d'attaque. De ses longues épreuves il a conservé comme une ombre sur son âme. Il s'abandonne rarement ! On n'ignore plus néanmoins que dès lors déjà il portait àu cœur le souvenir poignant des défaillances qui l'ont miné. C’est que les plus forts, les plus tenaces, les plus convaincus hésitent quand, se trouvant dans un chemin ignoré de tous et d'eux-mêmes, ils s’aperçoivent que les plus fidèles les ont

abandonnés.

Bruxelles.

Photo P. Becker

ÉS

ASQUES SCANDALIS

M al des Beaux-Arts de Bel

Bruxelles.

gique

fusée Roy

Page 1