‹ James EnsorChapitre 36 sur 62 · TE · texte numérisé non relu

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même admiration le Christ montré au peuple (1) et les .plus beaux dessins de Rembrandt.

Tout ce qu'une technique inconnue peut avoir d'étrange et de révélateur; tout ce qu'un art de composer et de mettre en page peut avoir de neuf; ce qu'on peut tirer d'effets et de sensibilités de la lumière; ce qu’on peut arracher d'émotion d'un sujet cent fois traité, sans avoir recours en rien, ni en quoi que ce soit, aux moyens dont on s'est servi; tout ce qu’on peut réaliser de paradoxal et d’invraisemblable en juxtaposant le sublime et le grotesque, tout cela, dans cette page vraiment incomparable, est donné avec profusion et spontanéité. Mais pour s'en rendre compte, c'est le dessin qu'il faut voir, le dessin avec sa technique affranchie, la fleur de son improvisation, tel qu'il s'impose dans les dimensions que lui donnèrent les développements successifs d'une vision amplifiée au fur et à mesure par l'inspiration.

Comme si une volonté avait voulu faire de l’évolution de James Ensor une sorte de lecon, l'œuvre dessinée a suivi pas-à-pas les modifications qu'on a observées dans ses toiles et ses eaux-fortes ; toujours avec cette réserve qu'il abandonne et retrouve, selon le sujet, tel ou tel de ses modes d'exécution. Seule l'inspiration se développe avec une certaine régularité et selon un rythme conforme à son évolution picturale : la nature d’abord, la légende et la fantaisie ensuite, enfin l'imagination débridée, telle qu’on la trouve, goguenarde, sceptique, voire grossière et blasphématoire, dans La Vie du Christ, cette succession de planches humoristiques où plus d’une page fait réfléchir et rêver sur l'impuissance humaine, où plus d’un élan, plus d'un coup d’aile vers la Beauté, vers la Pensée et le divin, sont brisés avec cruauté et moqués avec des sarcasmes de cynique.

(1) Ce dessin fait partie d’une suite intitulée Les sensibilités de la lumière. Le Christ montré am peuple y est dénommé : La crue.

Photo Antony, Ostende.

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Pourtant, si par hasard le sujet le requiert, avec la sagesse d'un maître qui sait que rien n'est négligeable en art, il retrouve aussitôt son coup de crayon minutieux et précis des débuts. Mieux encore, repoussant bien loin tout ce qui pourrait se ressentir de l'habileté première, il recourra, comme dans ces deux dessins tragiques de vérité et de réalisme qui représentent son père et sa mère sur leur lit de mort. au métier le plus élémentaire, le plus dénué, le plus primitif qui se puisse concevoir.

Bosch, Goya, Callot, Hogarth, Rembrandt, Whistler, tels sont les noms que les critiques associent à celui de James Ensor quand ils parlent de ses planches ou de ses dessins. Jamäis ils ne manquent d'ajouter qu'il ne leur doit rien et ne leur ressemble que par équivalence de mérites.

N'est-ce pas la meilleure manière d'indiquer le rang qu'il prendra dans l’histoire de la gravure et du dessin ?

Telle est, dans ses grandes lignes et pour autant que sa complexité permette de l’analyser avec quelque méthode, l’œuvre d'un artiste à personnalité souveraine et à raison de cela même d'un artiste d'exception.

Cette œuvre, tant elle est instinctive et indépendante des lois de race et de milieu, libre dès les débuts de toute influence de tradition ou d'école, se refuse à prendre place dans l’ensemble sérié de nos peintres belges. La multiplicité de ses aspects, la complexité de ses méthodes, défient toute classification.

Bien qu'ayant à sa manière résolu des problèmes qui devaient inquiéter tant d'autres artistes, Ensor l’a fait de façon si spéciale et si dépourvu d’appuis, qu'il eut pu le faire à toute autre époque sans surprendre davantage. Pour s’en convaincre il suffit de se rappeler Île

nom de ses contemporains et celui des générations qui suivirent.

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