‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 12 sur 81 · GRANDE VUE DE MARIAKERRE · texte numérisé non relu

GRANDE VUE DE MARIAKERRE

PEINTRE ET GRAVEUR

plan tous les autres. C'était mort et cela pensait, c'était sans mouvement et cela ricanait. L'existence quotidienne s'introduisait dans cet art jusqu'à ce moment sans tendance psychologique, avec son rire effrayant, sa farce sinistre, sa kermesse triste. Si l'on se souvient que James Ensor est d'origine anglo-saxonne et si l'on songe qu'IIo-

gartli et Rolandson ont créé, là-bas, un art violemment et opulemment caricatural, on admettra qu'il est heureux pour notre peintre de retrouver, sans presque le vouloir et en n'abandonnant pas son propre chemin, l'énorme veine comique où sa race excelle. Seulement, ce qui fut plus heureux encore, c'est que son point de départ diffère de celui des vieux maîtres burlesques. S'il n'était point né en Flandre, s'il n'avait point trempé ses débuts dans l'éducation artistique flamande, certes serait-il allé vers son art avec des préoccu-

pations de moraliste et de réformateur, comme Hogarth. La littérature aurait eu le pas sur la peinture. Son monde de faux-nez aurait enseigné, vaticiné, prêché. Il y aurait eu l'inévitable légende, le commentaire, la dissertation. Le soin de bien peindre aurait cédé devant la préoccupation de bien penser. Ce travers, Ensor l'a évité.

Et maintenant qu'il est maître de son art, que pour toujours il est tributaire de l'authentique et vraie et seule peinture, peu importe que sa verve et ses goûts fantastiques et fous le tentent et l'amusent. Il ne peut plus ne pas se soucier des tons sonores, des ardentes ou pittoresques lignes, delà composition opportune. Il est artiste avant tout, tel que son éducation et son milieu ont voulu qu'il soit. Il a pris le bon chemin qu'il ne quittera plus.

EMILE VERHA EREN.

POUILLEUX INDISPOSÉ SE CHAUFFANT (Musée d'Ostende).

PEINTRE ET GRAVEUR

Tous les Anges de Lumière : Chérubins de l'harmonie, Trônes de la nuance, Séraphins et Puissances ineffables de l'arc-en-ciel ont visité Ensor, et, sous la conduite des Diables Dzitts, Hihahox et Crason, il est aussi descendu en enfer.

Or c'est peut-être, de tous les musiciens de la couleur, le plus parfait, le plus subtil et le plus raffiné, et son œuvre, infiniment variée, chante et polyphone, angélique et ironique à la fois, pour les yeux — et volontiers l'on dirait pour l'ouïe — comme un concert étrange et magnifique de plumes, de soies et de velours.

Paysages, marines, intérieurs; triomphes d'hommes, d'anges ou de diables; masques, grotesques, docteurs et théologiens, James Ensor s'est complu à les transfigurer selon sa vision très particulière du monde, et hors le temps et les latitudes, une humanité nouvelle semble avoir sollicité son œil autant que son cerveau.

De là son art tout d'une pièce et — comme on l'a dit — cette personnalité absolue qui, si elle lui valut, en des temps abolis déjà, l'exécration, précieuse jusqu'à l'injure, de l'adipeuse et bourgeoisante critique officielle, lui a conquis d'emblée l'admiration de ceux qui pensent que par-delà les cris et les paroles, seul le travail affirmé pèse et vaut... Mais l'œuvre de James Ensor est assez belle pour que nul ne s'attarde à la défendre.

MAX ELSKAMP.

James Ensor, ce nom d'artiste rare évoque, — Tels les noms de Goya, de Bosch ou de Callot, Un choix d'œuvres d'un tour au caprice équivoque : Pincer sans rire fut et son rêve et son lot.

Penseur paradoxal, coloriste de race, Il joint le flegme anglais au vieux rire flamand, Rayonnant de la vierge ascétique à la grasse Bedaine du bon moine égrillard et gourmand !

Masques à chair livide ou trognes rubicondes, Diables aux nez fleuris et squelettes camards, Sortent en grimaçant de ses brosses fécondes Pour vous peupler l'esprit d'étranges cauchemars.

Il sut, ses crayons fous parlant toutes les langues, Découvrir des cités aux aspects merveilleux, Fit même, à son image, un tas de Christ exsangues... Et, comme Murillo, il a peint son Pouilleux !

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