‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 30 sur 81 · DÉMONS · texte numérisé non relu

DÉMONS

ME TURLUPINANT.

fermerait l'exposition! On votait à mains et à cannes levées dans un amusant brouhaha dont l'écho, malgré le recul des années, retentit encore joyeusement à mes oreilles.

La plupart des caricatures outrancières d'Ensor furent admises en ce Salon vivant et vibrant qui ne craignait pas le bris de quelques vitres. Mais peu à peu s'élargit la satire. A mesure que s'affermissait la victoire de l'art spontané et personnel sur l'armée en déroute des écoles rétrogrades, les victimes d'abord choisies disparurent une à une des compositions burlesques du redoutable ironiste. Ensor généralisa ses entités, et ses coups de fouet cinglèrent, en dehors du monde artistique, des « corps constitués », dont il bafoua avec verve les faiblesses. Sa raillerie est lourde. Elle évoque le comique macabre des clowns britanniques qui, pour plaisanter, s'assomment à coup de maillet. Mais quelle drôlerie intense, quel amalgame inu-

sité de visions funèbres et grotesques dans certaines scènes de carnaval où des créatures chimériques s'agitent dans le tourbillon d'une « danse des morts » à la fois lugubre et follement bouffonne !

L'esprit inquiet d'Ensor se délecte à ces facéties déconcertantes. Il aime la plaisanterie grasse, la mystification, la farce lubrique qu'il pousse volontiers vers la scatologie. Il invente des titres énigmatiques et bizarres : les Moines exaltés réclamant le corps du théologien Sus-Ovis malgré l'opposition de Vévêque Triton ou Triston; les diables Dzittss et Hihahox commandés par Crazon montant un chat furieux conduisent le Christ aux enfers; Iston, Poujffamatus, Cracozie et Trammouf, célèbres médecins persans, examinent les selles du roi Darius après la bataille d'Arbelles; Foudroiement des anges rebelles et du dragon à sept têtes; Étonnement du masque Wouse; la Sensibilité en 1890 et la Vivisection; Vue prise en Phnosie (ondes

et vibrations lumineuses); Squelettes se disputant le Musée de Bruxelles, V Après-Dînée, UneColoriste, un pendu; les Soudards Kès et Pruta entrant dans la Mangeuse d'huîtres, une série d'études de fruits la ville de Bise; Combat des pouilleux Désir et et d'accessoires directement inspirées par la na- Rissolé, etc. Parfois, dans ces polychromies déré- ture, décèlent une émotion visuelle très particuglées, une inscription, une apostrophe inatten- lière, un sens subtil et raffiné des séductions due : Mort aux vaches! Vive Wagner! sortant en de la couleur, ce Que représentent ces tableaux? banderole de la bouche d'un personnage, achève demandait un jour au peintre le roi Léopold inle désarroi du spectateur, vexé qu'on ait l'air de trigué. — Ce ne sont pas des tableaux, Sire, réponse moquer de lui. ! dit ingénumentl'artiste, ce sont des symphonies ! »

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