‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 31 sur 81 · BOUQUET D'ARBRES · texte numérisé non relu

BOUQUET D'ARBRES

La répétition de ce procédé serait lassante si Et de fait, l'harmonie des tons le préoccupait l'on ne découvrait, sous l'incohérence de la com- alors beaucoup plus que la correction du dessin, position, un talent personnel et solide, une nature qu'à l'exemple de Louis Dubois « il donnait paroriginale qui échappe aux classifications, mais qui dessus le marché. » Si on lui signalait une faute s'impose. Certains dessins rehaussés d'Ensor, cer- de perspective, il répondait en riant : ce Tout le taines eaux-fortes, la Cathédrale notamment, monde sait que je puis, quand je le veux, dessiner attestent une véritable maîtrise. correctement. » Le dessin et le sentiment de la

Mes préférences dans l'œuvre multiple et con- couleur sont rarement réunis dans le même tem-

sidérable du peintre ostendais vont, toutefois, aux pérament. Ensor a l'un et l'autre, mais il les uti-

savoureux morceaux de couleur que, sous des éti- lise séparémént. Le coloriste l'emporte en lui sur

quettes moins tapageuses, il exposait jadis au le dessinateur et sur le caricaturiste. Et je ne puis

Salon des XX, et dont il tapissa, certain jour, les m'empêcher de regretter le temps où naïvement,

murs du Cercle artistique. Le Lampiste, acquis par pour la seule joie de peindre, il brossait de belles

PEINTRE ET GRAVEUR

et claires toiles dont l'atmosphère était exprimée avec une justesse surprenante. Quelques amateurs ont gardé de précieux spécimens de ces exceptionnels débuts. Émaillés et patinés par le temps, ils évoquent la mémoire de sites entrevus, de fleurs admirées, d'étoffes comtemplées avec amour. Ce n'est pas la réalité avec sa forme rigoureuse, ses détails nets ; c'est plutôt la rêverie de la nature, quelque chose comme une description paresseuse de faits lointains, comme une musique doucement berçante dont les harmonies se combinent, vagues et indécises, voluptueusement.

Page 1