‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 36 sur 81 · CHRISTIAN BECK · texte numérisé non relu

CHRISTIAN BECK

fl propos de James Ensop.

Dieu et la Vierge, les Saints et les Saintes du paradis entourés des Chérubins, des Trônes et des Dominations inspiraient les premiers maîtres flamands. Béatifiques, leurs peintures s'imposaient. D'elles généraient des lénifications édéniques. Mais bientôt s'introduisit dans l'ascèse picturale une tendance graphique autre, une préoccupation de moraliser, non plus en délinéant les célestes jouissances obtenues par les bons ; au contraire, en notant les obsessions cervicales des damnés, subjugués par Lucifer et ses anges rebelles, tant que cette éversion esthétique dicta la peinture des diableries, à partir du xve siècle et, plus tard, au xvie et au xvne.

D'ailleurs la chrétienté a toujours accordé aux faits de possession une foi universelle, mais cette croyance était telle alors que, par suite de suggestions et d'auto-suggestions, la démonomanie tortura œcuméniquement. Les ecclésiastiques estiment que le diable s'incarne : ils exorcisent souventes fois des malades. Les magistrats jugent que les sorciers malfont ; ils ordonnent de brûler des milliers de malheureux. Nul n'était sauf de misère : le pouvoir civil, allié au pouvoir religieux, poursuivait les magiciens et dédamnait, en les tuant, les maléficiés ; car la sorcellerie et la magie paraissent des phénomènes indubitables qu'on ne songeait pas même à expliquer autrement que par l'action du démon. Ainsi des fanatiques incinèrent Jeanne d'Arc à Rouen, en i43i . Une bulle fulminée par Innocent VIII, en constate que Satan maîtrise les villes de Cologne, de Mayence, de Trêves, de Saltzbourg et de Brème. Des inquisiteurs séjournent en Allemagne, en France, en Espagne, en Suisse, en Italie, dans les Pays-Bas, partout en Europe. Et le bras séculier réprime au nom de la religion, avec une férocité horrible, de simples cas d'aliénation mentale...

Aussi la terreur obsédait-elle tous les esprits et se propageait-elle de jour en jour, au point que d'épouvantables hantises amertumaient la vie quotidienne : on craignait plus le « Prince des

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